Arête des Cinéastes

Arête des Cinéastes

Après avoir regardé tomber la pluie tout l’après-midi hier, c’est le beau temps qui nous est promis aujourd’hui. Nous attaquons de bonne heure au Pré de madame Carle pour aller grimper l’arête des Cinéastes. Une grosse journée en perspective avec 1200m de marche d’approche et environ 600m d’arête avec des difficultés jusqu’à 5b. La montée à la fraîche est bien agréable. Les lueurs de la nuit nous permettent de monter sans frontale… et le petit café nous attend au refuge du Glacier Blanc où nous déposons nos affaires pour le reste de la semaine.

Nous atteignons l’arête en même temps qu’un sympathique groupe d’aspirants guides italiens en pleine évaluation! Nous laissons passer toute la troupe et évoluons à notre rythme sur l’arête. L’objectif du jour est d’apprivoiser l’ambiance arête. Et le lieu s’y prête bien! Sur cette magnifique arête des Cinéastes, au rocher si pur, on évolue souvent « sur le fil » avec des lignes de fuite assez sympathiques! De quoi mettre dans l’ambiance… Catherine se bat un peu au début contre les démons du vide mais finit par trouver un peu de sérénité au long de la journée. Hans bataille dans le pas dur et libère en grosse ce 5b. Bravo à tous les 2!

Salsa pour 3 étoiles

Salsa pour 3 étoiles

2h30. J2 commence bien tôt. On s’ébroue. Pfoudi!

3h15 : après un copieux p’tit déj, on s’élance vers la brêche de la Meije. Dans combien de temps seront nous de retour ici?

Salsa pour 3 étoiles - Vue d'ensemble

Le regel est très bon ça porte nickel! De l’autre côté de la brêche, versant nord, ça brasse forcément un peu plus, la neige est encore poudreuse, 30cm par endroit… On rejoint la rimaye de la face nord sans trop de souci mise à part quelques furtives explorations sous-glaciaires, vite enrayées. Vers 5h30, on est devant la rimaye bien impressionnante : un mur surplombant de neige peu consistante. Ju fait une timide tentative dans l’axe de la voie mais finalement l’issue sera à l’aplomb du départ du Z, 200m plus à droite. Juste un court mur de glace à franchir. Ensuite nous nous déportons vers la gauche pour remonter la rampe mixte à gauche du départ du Z. En 3 très grandes longueurs de mixte (M4 max), nous rejoignons les premières difficultés, un dièdre sombre.

Ce dièdre n’est finalement pas très dur, un genre de V+ en crampons. Les conditions mixtes de la face nous imposent en effet de rester en crampons bien que nous ayons les chaussons au fond du sac. A la sortie de ce dièdre on se rapproche très sérieusement de la Directe Nord. Par crainte de se retrouver dans cette voie, je me laisse embarquer trop à gauche dans une dépression sous un grand « couloir » rocheux. Le problème c’est que cette option nous embarque dans une grande muraille verticale d’une centaine de mètres et ça c’est pas très bon. Un peu de désescalade et tout rentre dans l’ordre. Il faut en fait prendre une goulotte évidente légèrement à droite. A ce moment de  l’ascension on se trouve environ 50-100m à gauche de la Directe.

La goulotte est magnifique! Entre 50cm et 2m de large et jusqu’à 80° de raideur. Nous la remontons en corde tendue avec un piolet chacun… Tout va bien, ça avance! La goulotte vient buter sur un ressaut raide. Nous remontons une cheminée verticale de 30m (6a) puis nous sortons vers la droite en direction d’un bitard bien caractéristique. Quelques doutes sur l’itinéraire : faut dire que les topos sont pas d’une clarté sybilline!

Finalement on prend la bonne option en s’engageant vers ce bitard et en remontant le mur raide au dessus, le crux de la voie (6b, 1 piton en place). Le piton ne se voit que le nez dessus. Pour ma part en tête, j’artife un pas, au niveau du piton. Ju passe en libre. A la sortie du crux, encore un cablé indique qu’on est pas les premiers à passer par là! Dernière longueur de salsa pour rejoindre la vigie par une espèce de traversée ascendante à droite, au plus simple. Il est 12h, on atteint la petite vigie…

La, la course n’est pas finie. La Directe réserve encore quelques beaux morceaux de varappe que les conditions nous imposent de gravir en crampons. Un dièdre en V+ au dessus de la petite Vigie puis on arrive sur les passages clés de la Directe. Une première longueur en bon V ou une petite zipette coûtera à Ju, un peu de la peau de ses doigts. Quand à moi, c’est guère mieux, dans le 6a+ au dessus, sans m’y attendre le moins du monde, je zippe un mètre au dessus du relais choyant lamentablement sur le relais jusqu’à 2m en dessous. Le contact viril entre le rocher et mon fondement sera ressenti jusqu’à la semaine suivante! Semaine pendant laquelle tout matière molle pour poser mes fesses sera la bienvenue!

Enervé comme un cheval blessé, l’égo fracturé par cette chute, je repars illico dans la longueur, artifant dans les règles ce passage clé…. M’enfin quoi on va pas se laisser emmerder par un bout de caillou!

Au dessus quelques longueurs nous attendent encore. Pas toujours évidentes à protéger, ça ne déroule pas vraiment même si c’est pas extrême. En chaussons c’est du IV pas plus mais les dalles en crampons, c’est un peu comme comme faire de la couture avec des gants de boxe, ça prend du temps!

Finalement il est 16h quand nous saluons la vierge du Grand Pic. La joie explose! C’est le panard d’être là et de jour! On ne savait pas trop à quelle sauce on allait être mangés dans cette voie, on s’en tire pas trop mal, c’est de bonne augure pour la suite…

Comme durant les 5 jours de ce trip, le ciel est limpide d’un bleu haut alpin si caractéristique. le doigt de Dieu nous salue. La vue sur les alentours est d’anthologie. On savoure ces instants volés. A la Meije, on est pas complètement paumés : du réseau dans la face et du réseau au sommet. J’en profite pour rassurer Marie qui une fois de plus se demande ce que son énervé de petit ami est encore aller chercher là haut! (Je me le demande parfois aussi après coup mais quand je suis là haut, je sais pourquoi j’y suis!)

Durant  ces ascensions, l’état que j’expérimente me vaudrait d’être classé illico parmi les grands névrosés si je le décrivais à un psychiatre de la vallée! Passés la calme torpeur du matin, toutes mes pensées sont d’abord désordonnées, brêves, chaotiques, mélange d’idées chroniques, de bouffées émotives, de préocupations concrètes du quotidien, d’airs de musiques débiles qui tournent en boucle, de calembours douteux et d’embryons de grandes réfléxions métaphysiques sur le pourquoi du comment? Tout ça se mélange joyeusement à la recherche d’itinéraire, aux bribes de conversation avec son partenaire (quand on le croise!), à la contemplation du paysage et aux problèmes gestuels qui se posent…  Une véritable ratatouille mentale! Sans compter la sournoise lourdeur qui comprime la plupart du temps ces boyaux qui refusent de se vider avant le milieu de la voie. Il peut très bien m’arriver de penser en serrant une petite réglette dans un passage difficile, à l’annonce de covoiturage qu’il faudrait que je dépose tout en sifflotant toutouyoutou… Complètement désuni! Un vrai bordel la dedans!

Heureusement, au cours de la montée, j’ai toujours l’impression que cette ensemble s’épure, que ma pensée devient plus harmonieuse, plus efficace, plus unie avant de cesser d’exister au sommet, dans un pur moment d’allégresse et de plénitude! J’ai l’impression que chaque ascension est un cheminement inconscient qui triture au plus profond de moi, de façon quasi chirurgicale, une sorte d’alchimie étrange qui imperceptiblement me transforme… Pas facile à décrire.

Ouhlà! Flagrant délit de disgression, j’arrête là!

On est bien content d’attaquer la descente par la voie normale de jour, c’est toujours mieux! Première succession de 4 rappels jusqu’au Glacier carré. C’est pas fluide : corde qui coince, on s’emploie! Nous ne sommes pas au bout de nos peines : quasiment tous nos rappels vont foirer dans la grande muraille dont 2 bloqués : yihah! On se régale… Pour garder la forme j’expulse quelques jurons sous l’oeil amusé de Ju, un peu plus calme! Et rebelote dans le Duhamel…. Et p****** de b***** de m*****!

Heureusement plus de rappels ensuite (sauf le pas du crapaud), juste de la désescalade jusqu’au Promontoire qu’on rejoint vers 21h30.

Soupe et bon petit gueuleton de ravioli avant la dose de génépi qui nous rend plus bavard! Première étape accomplie et avec du temps pour se reposer, c’est bon ça! bilan de l’état des bonhommes : Ju s’est bien steacké les doigts et moi ce soir je ne peux pas poser le cul autre part que sur du mou! Nous verrons demain si nous sommes en état de continuer. Je m’endors sur le bouquin de Chapoutot sur la Meije après avoir lu 5 fois la même ligne sans la comprendre….

La suite…

Crête du Raisin

Crête du Raisin

Il fait toujours aussi beau par chez nous… Vive le Sud! On part cavaler dans les Cerces avec Mathieu. Envie d’une escalade pépère, typée montagne, parsemée d’edelweiss et de génép’… allons explorer la Crête du raisin! Le cadre est exceptionnel. Au dessus du refuge du Chardonnet, cette arête se déploie sur plus d’un km avec une vue imbattable sur les Ecrins.

Nous parcourons une grande partie de l’itinéraire la corde sur le sac, avalant quelques passages de IVsup jamais bien difficile.s Dès que ça grimpe, le rocher est bon. Dans les parties plates, c’est du tout venant mais ça ne gène pas puisque c’est plat! Qui plus est l’arête est essaimée sur tout son parcours de goujons récents. Même le rappel se désescalade facilement (III+)

Sur la fin de l’itinéraire, nous sortons quand même la corde pour la longueur en Vsup. La descente versant Ouest décrite comme délicate est avalée en 10 minutes. Il s’agit d’une courte désescalade facile sur une centaine de mètres. 2 heures après avoir débuté l’arête nous sommes de retour sur le GR bien comblés par cette ravissante promenade aérienne… un évènement malheureusement dramatique viendra troubler ce bonheur : nous n’avons pas pris le moindre centime pour nous offrir une bière ou une omelette au refuge du Chardonnet. Gasp!

Traversée Roche Paillon – Emile Pic

Traversée Roche Paillon – Emile Pic

Après la sublime escalade rocheuse d’hier à la pointe des Cineastes, changement de registre aujourd’hui avec une traversée nettement plus typée haute montagne : la traversée  Roche Paillon – Emile Pic. Escalade plus facile sur la papier mais avec nombreuses désescalades, courts passages de mixte et un rocher plus joueur qu’aux Cinéastes.

Le couloir de Roche Paillon n’a pas survécu à la période de beau temps. Nous partons donc sur l’arête S qui borde immédiatement la rive gauche du couloir. Cette itinéraire est peu parcouru. Le rocher demande un peu d’attention mais est très loin d’être catastrophique! Nous évoluons tous les trois assez rapidement. On rejoint l’arête de Roche paillon au débouché du couloir complètement sec. 10 minutes d’escalade facile nous conduisent au sommet. L’ambiance n’est pas au farniente. Le temps est nettement plus mitigé que prévu et quelques sommets ont déjà disparus dans les nuages. Tant qu’il pleut pas ça va!

Alors soit ne trainons pas! On descend sans encombres le bout d’arête qui relie la Roche Paillon à Emile Pic. Après un court passage en neige où il faut remettre les crampons, on embraye sur la traversée d’Emile Pic. L’ambiance climatique a carrément viré de bord : il tombe un mélange de pluie et de neige avec un petit courant d’air glacial. J’ai du mal à vanter à mes deux compagnons la clémence du climat haut-alpin! La traversée Emile Pic n’est pas très longue et nous en finissons en une petite demi-heure avec les dernières difficultés rocheuses du jour. Une nouvelle fois on chausse les crampons pour accéder au col Emile Pic. Sous le col il reste suffisamment de neige pour s’économiser les genoux et rejoindre presque en douceur le Glacier Blanc.

Pour demain nous envisagions de gravir la Barre des Ecrins avec Gab mais les conditions météo ne sont pas idylliques. A quoi bon gravir la Barre pour finir dans un nuage et brasser de la soupe toute la journée? La décision est vite prise, nous filons avec Pierre et Gab vers la vallée. Nous profiterons de ce contre temps pour faire demain une grande voie!

Les conditions étaient pas des plus faciles et quand l’altitude vous met en plus les jambes en coton, la course prend de la dimension! En tous cas bravo à tous les deux pour avoir bravé les éléments sans sourciller!

Arete des Cineastes

Arete des Cineastes

Première des trois journées avec Gab venu sans préjugé découvrir les merveilles des Alpes du Sud! Les Ecrins ont parfois très mauvaise réputation quant à la qualité du rocher : je me dois donc de prouver à mon compagnon que tout cela n’est que pure rumeur entretenue par quelques racontards vivant un peu plus au Nord, dans un département bon à élever les vaches et encore… Bref, c’est à l’arête des Cinéastes dans le bassin du Glacier Blanc que je pense convaincre Gab de l’excellente facture de notre minéral local. Nous verrons aussi que le plaisir vécu en montagne n’est pas proportionnel au nombre de téléphériques au km².

Nous attaquons la journée de bonne heure au départ de Madame Carle. 3 heures de marche plus tard nous sommes à l’attaque de l’arête. Quelques cordées sont engagées dans la variante Chaud et sur l’arête. Nous sommes décalés, ça ne gènera pas. Après un départ dans quelques rochers peu raides (mais néanmoins excellents!) on rejoint le fil de l’arête. L’ambiance est immédiatement prenante. Pour le jeu, on suit le fil de l’arête. Gab prend ses marques en escalade en grosses. Le passage clé, pour contourner un petit toit, est  rapidemment négocié. La section suivante est absolument magnifique, en plein sur le fil de l’arête. Température idéale : on grimpe en tee-shirt. Le bonheur quoi!

Nous avalons ensuite les 6ème, 7ème, 8ème et 9ème pointes en s’octroyant de ci de là quelques petite ascensions inutiles, juste pour le plaisir!

Après la descente dans les éboulis, nous redescendons paisiblement jusqu’au refuge du Glacier Blanc où nous devons retrouver un troisième larron pour l’ascension du lendemain à Roche Paillon. Une bien belle journée

Roche Faurio

Roche Faurio

Je laisse le soin à mes deux compagnons, journalistes de leur état de faire le compte rendu de notre ascension de la Roche Faurio que nous avons réalisé pour se préparer à l’ascension du Mont Blanc. Rien à dire mes deux artistes ont été impériaux et ont su dominer leurs démons sur l’impressionante arête sommitale de Roche Faurio!

Récit de Denis

Le compte à rebours pour le Mont-Blanc commence donc pour nous par la Roche Faurio (3730m). Nous ne connaissons pas vraiment ce sommet, nous sommes confiants. On s’attend à une simple balade en haute montagne pour nous mettre en jambe… La veille à table, Nico nous explique laconiquement « Demain la Roche Faurio c’est une course à dominante neige avec un petit bout d’arête à la fin, pas bien méchant »

Heureusement, que nous ne savions pas ! Au début, tout se passe bien. A l’aube, Il ne fait pas froid. Nous sommes la cordée de tête et Nico fait la trace dans les 20 cm de neige fraîche. Nous traversons sans souci nos premiers ponts de neige au dessus des crevasses. Le ciel est toujours bouché et nous ne voyons pas le sommet de la montagne. Mais, après 2 heures d’effort, cela va se corser. La Roche Faurio porte bien son nom, on aurait pu s’en douter !

Le final est une arête de rocher, vertigineuse, sur une trentaine de mètres. Ça se corse pour nous deux. Nous admirons Nico qui sautille d’un bloc à l’autre comme s’il était sur un trottoir malgré 500 mètres de vide de chaque côté. Assurés par ses soins, nous rampons à sa traine comme des lézards, « accrochés aux rochers comme des moules dans le bassin de Thau » dira Ludo.

Nous sommes pathétiques. Nos jambes flageolent. Nos crampons ripent sur le rocher et nous avons du mal à maintenir nos prises. Après une vingtaine de mètres, Nico nous pose la bonne question : « Les gars, vous n’êtes pas obligés d’aller au sommet. Si vous ne le sentez plus, on retourne en arrière, aucune obligation d’aller là haut si ça vous amuse pas. Rassurez-vous, le Mont Blanc sera de toute façon moins dur techniquement » ajoute t-il pour ne pas nous faire perdre la face. Nous nous regardons avec Ludo. On ne sait plus quoi faire. Abandonner à la première peur, ce ne serait pas bon pour la suite. Nous devons vaincre nos démons, la peur de glisser, le vertige. « Putain, mais c’est vraiment haut ce truc ». Il faut se raisonner. Notre guide a enroulé la corde sur un béquet. Il ne peut rien nous arriver, au pire une petite glissade «  Allez, je lui dis, on va au sommet. » sans réfléchir vraiment à ce que je viens de proposer.

A force de fermer les yeux, nous avons fini par rallier l’arête sommitale. Mais nous ne profitons pas du moment ni de la vue, toujours bouchée. Cela se voit dans nos regards, nous redoutons déjà la descente par le même itinéraire escarpé. C’est bizarre une montagne. Le but est d’atteindre le pic puis tout de suite de le redescendre tellement cela file la frousse.Finalement la descente passe bien plus vite que prévu et mieux que la montée. L’esprit de l’alpiniste monterait-il en nous?

Cette mise en bouche sera déterminante pour le succès de notre apprentissage. Nous avons vaincu la peur sur La Roche Faurio, même si cela ne fait pas de nous de grands alpinistes. Notre guide a su être à l’écoute pour nous donner confiance. Tout va bien.

Au retour, les autres cordées arrivées derrière nous nous saluent : «  merci d’avoir fait la trace. C’est bon là-haut ? » Oui, c’est bon, ça passe ! Nous pouvons relever la tête. Nous n’avons pas lâché l’affaire.

De retour au refuge des Ecrins, nous nous payons une bonne bière à 4,5€ pièce. Mais, à cette altitude, elle les vaut. Deux gorgées plus tard nous rigolons déjà bêtement en se remémorant les moments sur l’arête « Quelle tête on faisait là haut ? hein Nico. Ah, Ah, Ah! Franchement, quelle frousse on a eu. A des moments, on ne pouvait ni avancer ni reculer ». Nous en pleurons tout en mangeant un bon plat de pâtes à la carbonara servi par Katarina, la serveuse slovaque.

L’après midi passe ensuite à toute vitesse. Nous plongeons la tête la première dans des récits de montagne édités par la maison Guérin. Il y en a une bonne dizaine sur les étagères du refuge. Ce sont des beaux bouquins à la couverture rouge avec plein d’aventures à vous foutre froid dans le dos. Je me fais peur en lisant le livre de Walter Bonatti «  K2 : la vérité »  ou celui de Jean-Christophe Lafaille intitulé «  Prisonnier de l’Annapurna ». Avec un peu de recul, la petite frousse en haut de la Roche Faurio paraît bien ridicule.

A 19h00, Jeannot donne la messe du jour « Demain, c’est du beau » et de conclure « plier vos couvertures, ça nous aidera à garder le sourire. » avant de recevoir une standing ovation par les 130 alpinistes qui remplissent le refuge. Une bonne douzaine de cordées font le Dôme des Ecrins demain. Cette cohue relative nous rapproche de l’ambiance Mont Blanc.

Roche Paillon – Couloir S et traversée

Roche Paillon – Couloir S et traversée

J’accompagne aujourd’hui Perrine et Bertrand pour une bien jolie course dans le bassin du Glacier Blanc : le couloir S de la Roche Paillon suivi de la traversée vers le col Emile Pic. Le couloir s’atteint sans difficulté en 2h de marche depuis le refuge des Ecrins, le temps de se réveiller tranquillement. Au fur et à mesure que l’on s’élève dans le couloir, la pente s’accentue  jusqu’à 45° et l’ambiance devient vraiment prenante. Le couloir est par endroit bien étroit, moins d’1m de large! Perrine et Bertrand sont concentrés! il nous faut une petite heure pour gravir les 200m du couloir. Le spectacle au débouché du couloir est fantastique avec la vue qui s’ouvre d’un coup vers le Nord. L’occasion de souffler un chouya après les émotions de la montée et contempler ce paysage qui s’ofre à nous. De là nous voyons bien la suite des réjouissances : un parcours d’arête mixte très esthétique et aérien que nous parcourons en crampons. Quelques acrobaties plus tard nous sommes au pied de l’arête rocheuse qui mène à Emile Pic. Nous pouvons soit la gravir par son fil, soit tout contourner par de belles pentes de neige qui forment un balcon suspendu au dessus de la plate des Agneaux. Bertrand et Perrine préfèrent la neige nous optons donc pour la deuxième option.

Arrivé au col Emile Pic, on laisse un peu souffler les organismes, une belle terrasse neigeuse nous accueille pour une bonne pause regénératrice. Si ce n’était ce petit courant d’air frais, on se laisserait bien aller à une petite sieste! Nous reprenons notre route. Le passage du col Emile Pic est un peu délicat mais à plutôt meilleur mine que d’habitude avec la neige. Il se descend en deux rappels de 20m ou un grand rappel de 40m. Passé le col Emile Pic, nous redescendons vers le Glacier Blanc, sans difficulté grâce à la neige encore présente en abondance cet année. Notre escapade se termine sur la terrasse du refuge du Glacier Blanc devant un bon gueuleton que nous degustons en évoquant la belle matinée que nous venons de passer!  Mes deux compagnons reprennent ensuite le chemin de la vallée tandis que je reste au refuge pour accueillir Denis et Ludo qui viennent dans les Ecrins pour s’acclimater et préparer le Mont Blanc.

Bertrand et Perrine : merci! j’ai passé une très bonne journée avec vous! Perrine m….. pour ton Mont Blanc!

Mont Tondu – Arête NE

Mont Tondu – Arête NE

Après la bonne grosse journée d’hier, on opte aujourd’hui pour un programme plus light. Le Mont Tondu par l’arête NE. L’occasion de faire découvrir les joies des arêtes rocheuses à Gabriel et Aurélie. Delphine connait déjà un peu ça. La journée attaque par quelques tractions sur un câble pour rejoindre le col du Mont Tondu. Ensuite, on suit le fil de l’arête jusqu’au Pain de Sucre. Le caillou est plutôt sain sur le fil et bien moins bon quand on s’en éloigne. Entre le Pain de Sucre et le Mont Tondu, il y a quelques beaux passages aériens.Après la grosse journée d’hier, cette course prend des allures de promenade digestive! Mais la descente jusqu’à notre Dame de la Gorge est longue avec quand même plus de 2000m de déniv’. Le mauvais temps annoncé nous épargne toute la descente et ce n’est que tranquillement attablé sur une terrasse de Saint Gervais que nous verrons tombé les premières gouttes de pluie. Excellent timing!

Petite Aiguille Verte

Petite Aiguille Verte

L’Aiguille Verte est une très belle et courte course d’initiation ou de remise en jambe très facilement accessible grâce au téléphérique des Grands Montets. L’endroit idéal pour permettre à Olivier, Anne et Catherine de retrouver leurs marques en cramponnage et escalade. La rimaye est passée sans souci. Encore un peu de neige et nous arrivons sur l’arête. Pour s’entrainer à l’escalade avec les crampons comme c’est le cas dans de nombreuses courses mixtes, nous gardons les crampons sur l’arête. L’arête est vraiment ludique avec deux ou trois passages demandant un peu de concentration. Nous poussons jusqu’au vrai sommet, tout au bout de l’arête qui plonge après dans une brêche où débute l’arête des Grands Montets. Pour descendre c’est pas compliqué! On inverse la vapeur et on redescend par le même itinéraire.

Aiguille de l’Index – Arête SE

Aiguille de l’Index – Arête SE

Suite et fin de cette belle semaine. Comme nous devons être rentrés pour midi, nous optons pour une course courte. L’avantage des nombreuses remontées mécaniques que l’on trouve dans la vallée, c’est que l’on peut vite accéder aux escalades d’altitude, sans forcer. Le rendez vous est donc donné pour la première benne de la Flégère. Ensuite, le télésiège de l’Index nous pose à quelques foulées du départ de l’arête SE de l’Index. Nous avons bien fait de partir tôt car c’est une escalade convoitée! Avec juste une cordée devant nous, nous grimpons tranquillement dans une relative solitude. Le caillou est très bon, l’escalade jolie et le panorama sur le Mont Blanc à couper le souffle. Bref, que du plaisir! Bravo à vous tous : Delphine pour ta première voie en grosses, Aurélie et Gabriel pour vos premiers passages de IV!

Tout se déroule à merveille et à midi comme prévu nous sommes de retour dans la vallée.

Aiguille des Pelerins – carmichaël

Aiguille des Pelerins – carmichaël

Avec Tibo, Vinc’ et David nous partons découvrir un itinéraire à quelques encablures de Chamonix : la Carmichaël à l’aiguille des Pélerins. Il faut d’abord emprunter la voie normale du Peigne jusqu’à la salle à manger au pied du ressaut final du Peigne. De là on peut gagner le sommet du Peigne ou le shunter au choix… Reste ensuite un beau ressaut de 200m pour gagner les Pelerins. L’escalade n’excède pas le IVsup mais les conditions du jour (pas mal de neige dans les fissures) rendent assez sérieuse l’escalade. Le IVsup Chamoniard qui déjà se mérite pas mal peut devenir une véritable entreprise si les conditions ne sont pas au top.

On gagne le sommet en même temps que la pluie! Heureusement que David connait la descente, ça nous évite de trop poireauter sous la pluie. On trace! Le soir, nous dormons au refuge du Plan, un vrai paradis pour montagnard détrempé : bière pression, chauffage au sol, fine cuisine mais pas rationnée, accueil très sympathique, douche et couettes! Nous passons la fête de la musique dans un festival de son et lumière au milieu d’un orage… belle ambiance

Tête des Fétoules – Arête Ouest

Tête des Fétoules – Arête Ouest

Je retrouve pour une étape mes amis de l’Equipe Régionale FFME du Languedoc Roussillon. Pour leur dernier stage, ils sont engagés dans un beau voyage à travers les Ecrins sur les traces de Boileau de Castelnau, un alpiniste Languedocien qui fut avec Pierre Gaspard, le premier bipède au sommet de la Meije. Ce fut en 1877 un véritable exploit. La « Grande Difficile » était le dernier  « problème » des Alpes. Tout le gratin de l’alpinisme rodait autour d’elle multipliant les essais infructueux. Après cet exploit, Castelnau mit fin à sa carrière d’alpiniste à l’âge de 20 ans malgré des débuts plutôt prometteurs. Parmi les autres premières qu’il a réalisé, la Tête des Fétoules.

Les amis de l’ERJA sont censés rallier aujourd’hui le refuge de la Lavey en provenance de l’Olan où ils ont bivouaqué pour enchainer sur l’arête ouest des Fétoules et/ou le Pilier sud. La descente par l’arête N, avec les conditions de neige actuelle leur prendra un peu plus de temps que prévu. Leur arrivée à la Lavey à 22h sous la caméra de France 3 Languedoc sera un moment bien apprécié par eux et ceux qui les attendaient depuis un bout de temps. Le temps d’hydrater tous ces estomacs et de refaire les sacs pour le lendemain (chapeau les gars!), il est minuit passé quand les dernières frontales s’éteignent. La plupart partirons vers la voie normale. La fatigue cumulée des deux jours précédents et les 1700m de dénivelé du lendemain motivent ce choix. Martin indémontable est toujours interressé par l’arête ouest. Pour ma part je suis frais dispo. Nous ferons donc cordée ensemble.

3h30. Hein? Qu’est ce que c’est? J’suis où là? Quand le réveil sonne j’ai du mal à croire que c’est déjà l’heure… Autour pas un mouvement. L’équipe dors paisiblement. J’hésite un moment à les réveiller… C’est vraiment criminel! « Martin c’est l’heure! – Hein? Non, c’est pas vrai. – Si, si ». A sa tête je me demande si nous allons vraiment faire l’arête aujourd’hui! Les autres sont tous aussi difficiles à réveiller.

Le démarrage est bien lent pour tout le monde et nous mettons plus d’1h30 pour décoller. Les joies de l’inertie d’un groupe qui plus est fatigué. Au bout d’une petite heure de marche, nous quittons avec Martin le reste du groupe et le bon sentier de la voie normale pour monter dré vers l’arête.

Cette course sera un vrai plaisir. On le prend cool. Pas question de speeder, qui va piano va sano et lontano. Les premières longueurs, les plus dures donnent le ton  : beau caillou, protection aisé, escalade agréable… que du bon. Ensuite on se met en corde tendue et nous évoluerons comme ça jusqu’au sommet. En fait il ne s’agit pas vraiment d’une arête mais plutôt d’une succession de ressauts… Certaines sections bien redressées sont impressionnantes quand on les voit de face et finalement une fois sur place on y trouve un cheminement aisé n’excédant jamais le IV. A plusieurs reprises on savoure le panorama, en se dorant la pilule sur de confortables terrasses en lâchant de profonds baillements. C’est bon la montagne sans se presser.

Finalement en y allant cool on gagne le sommet en un peu plus de 5h. Bravo Martin, t’es vaillant!

A la descente, nous retrouvons une partie de l’équipe en même temps que les premières gouttes de pluie. Le gros de la saucée nous épargnera jusqu’au refuge. Quelques minutes après l’arrivée des derniers, il se met à flotter dru. Bon timing!

Vers 16h tout le monde est réuni au refuge, l’ambiance est à la déconne. Un apéro bien mérité permet de débriefer la situation et d’envisager la suite des opérations. L’équipe n’est pas très motivée pour descendre sous la pluie et ça se comprend. Ils passeront la nuit au refuge. Pour ma part j’ai malheureusement des impératifs. J’attends quelques heures une accalmie autour d’une table bien conviviale… La pluie s’arrête juste le temps de me motiver pour partir… Un quart d’heure après, c’est trempette à nouveau… j’arrive complètement douché à la voiture mais bien heureux.

Encore de beaux moments avec la Vergeat team!

Et merci à Bruno le gardien de la Lavey pour son accueil plus que sympathique…

Bientôt plus de photos, des vidéos et même un reportage TV!! Couverture médiatique incroyable dans ce sauvage vallon de la Lavey!

Pic du Glacier Blanc, arête S

Pic du Glacier Blanc, arête S

L’automne la montagne a vraiment un charme tout particulier. L’euphorie de l’été est passée. La montagne retrouve sa quiétude. Alors qu’en bas la végétation s’enflamme en un grand patchwork de couleurs, les sommets se poudrent déjà des premières neiges donnant encore plus de relief à ce festival technicolor. L’ambiance est encore chaleureuse et l’on peut encore convoiter quelques ascensions d’été complètement à l’opposé de l’austère goulotte « Marshal Ombre » que nous avons parcouru la veille avec Seb à l’Ailefroide Orientale

C’est ce moment privilégié que nous avons choisi avec Rémy pour aller faire un tout à l’arête Sud du glacier Blanc, loin des foules de l’été.

Le premier jour nous montons dormir au refuge des Ecrins afin de prendre la course « tranquilou » le lendemain. Petite dizaine de personnes au refuge, ambiance décontract’.

Nous partons avec les premières lueurs du jour. C’est le spectacle. Une mer de nuage gigantesque s’étend à perte de vue et nous sommes au dessus. Nous passerons toute la journée dans cet ambiance hallucinante, tantôt au dessus des nuages, tantôt dans quelques volutes qui nous entoureront. Décor complètement surréaliste qui va littéralement nous euphoriser!

L’arête en elle même est fort jolie et ne nous oposera guère de résistance : ça tombe bien, c’est exactement ce qu’on cherchait! Deux heures de belle varappe et une descente facile pour atterrir en douceur du monde des cieux et des bisounours!

Aux anges!

Mitchka – Grand Pic de la Meije

Mitchka – Grand Pic de la Meije

Mitchka deuxième!

Après les déboires de la tentative précédente une 15aine de jours avant, je retourne avec Seb pour essayer de terminer Mitchka et au passage récupérer ce malheureux chausson que j’ai égaré sur le Fauteuil.

Cette fois ci, nous dormons au refuge du Promontoire où nous sommes seuls avec les gardiens le premier soir.

L’ascension se déroule sans accroc. Forcément vue la fraicheur de ma dernière visite dans le secteur l’itinéraire en bas, je le connais par coeur! Par contre pas la moindre trace de mon chausson sur le Fauteuil malgré 1/2h de recherches. Tant pis, ça aurait été trop beau!

La seconde partie de la voie au dessus de la vire du glacier Carré est vraiment magnifique. Rien à dire! Seul un pas nous échapperas à vue dans le dernier 7a. Sortie au sommet du Grand Pic pour la deuxième fois en 15 jours et encore le même bonheur!

Zinalrothorn, en traversée

Zinalrothorn, en traversée

Top! Sommet au nom imprononçable excepté pour les Suisses Allemands, appelé également « Mont rouge de Zinal », je dois mon nom à la couleur du caillou qui me constitue. Situé dans le Valais Suisse sur la couronne impériale qui compte également la Dent Blanche et l’Obergabelhorn, je suis un des 82 sommets de plus de 4000m des Alpes. Très apprécié des Alpinistes, ma voie normale depuis la cabane des Mountet est une pure merveille, comportant des passages mythiques comme le Rasoir, le Spynx, la Bourrique. J’offre depuis mon sommet un panorama unique sur le Valais, l’Oberland, le massif du Mont-Blanc, la Vanoise entre autre. Je suis, je suis…

… le Zinalrothorn pardi!

Meije Grand Pic – Voie Allain-Leininger

Meije Grand Pic – Voie Allain-Leininger

La Face Sud Directe du Grand Pic de la Meije dite aussi la Pierre Allain est un monument historique de l’alpinisme dans les Ecrins. La voie a été ouverte en deux fois en septembre 1934 jusqu’à la vire du glacier Carré et l’été 1935 jusqu’au sommet. En 1934, arrivés aux vires du glacier Carré, Raymond Leininger et Jean Vernet jugent que la voie est terminée et souhaitent contourner le bastion sommital par la gauche pour rejoindre la voie normale. Pierre Allain lui veut ouvrir une directe mais devra bien pour cette fois se rallier à la majorité. C’est l’année suivante qu’il convaincra Raymond Leininger d’aller achever cette directe qui deviendra par la suite une des plus grandes classique des Ecrins. Il atteindront le sommet à 14h30, horaire qui en dit long sur leurs bonnes qualités de grimpeurs!

Cette directe se déroule sur un rocher excellent de haut en bas et se faufile astucieusement, toujours au plus facile dans cette face.

Pierre Allain qui a donné son nom à cette voie fut un des plus grands alpinistes et grimpeurs français. On lui doit de nombreuses premières dans le massif du Mont Blanc (face Nord des Drus, traversée des Aiguilles de chamonix, 3ème de la Walker, etc…) et des Ecrins (Directe à la Meije, Arête Sud Ouest Pic Sans Nom) ainsi que des expéditions lointaines. Ce Bleausard est par ailleurs le père de quelques inventions : le chausson d’escalade, le mousqueton en alliage léger, le descendeur, le sac de couchage en duvet, excusez du peu! Il a aussi inventé le décrocheur, une sorte de rappel éjectable qui n’a jamais vraiment conquis les foules, bien qu’apparemment très fonctionnel. Bref, une figure incontournable de l’alpinisme.

Tous les amoureux du massif (et pas que) rêvent de parcourir un jour ce monument qui n’a pas pris une ride en 70 ans. L’escalade jamais extrême reste sérieuse avec un bon sac sur le dos. Au fil des répétitions, de nombreuses variantes ont vu le jour mais toutes plus difficiles que l’itinéraire original. Le jeu est donc d’avoir le flair pour passer au plus facile. Le caillou est excellent tant dans les granites jusqu’aux vires du Glacier carré que dans les gneiss au dessus. Tout ça sur le sommet emblématique du massif : une voie parfaite quoi!

C’est avec Ben que je pars gravir cette voie dont nous rêvons tous les deux et que nous avions évoqué lors de notre précédente ascension du Pilier Desmaison au pic de Bure. Nous remontons le long vallon des Etançons, sur lequel regne la reine Meije, pour aller dormir au refuge du Promontoire.

La Meije au fond du vallon des Etançons

La Reine règne sur son domaine

A notre grand étonnement, le refuge est blindé! C’est la soirée de cloture du refuge et de nombreux amis des gardiens sont montés en plus des alpinistes. Ambiance conviviale donc et une nuit dans les combles dans un concert de ronflement et une chaleur torride. Les grands moments de la vie en refuge!

Après cette courte nuit, nous attaquons l’approche par les rappels du Crapaud. En une petite heure nous sommes à l’attaque. Trop gourmand, nous partons à corde tendue à 50m, ce qui n’est absolument pas conseillé quand l’itinéraire tortille. Le tirage finit par avoir raison de notre progression et nous perdons une bonne demi-heure à retrouver une configuration plus adaptée. Nous parcourons l’itinéraire tranquillement et sans souci et débouchons en 7h au sommet, légèrement fourbus par le poids des sacs.

 

Passage en V+ dans la Pierre allain

Passage en V+

Rassemblement au relais avant la cheminée verte

Meeting point

Alpinistes au niveau de la dent Zsigmondy

Alpinistes au niveau de la dent Zsigmondy

Dans le bastion sommital de la Pierre allain

Dans le bastion sommital

Grand moment de bonheur au sommet, à se dorer la pilule et pour la première fois contempler les arètes que nous avons déjà tous les deux traversées mais dans le brouillard!

 

Vue sur la traversée de la Meije

Les arêtes les plus connues du massif?

C’est vraiment le pied de pouvoir savourer l’ivresse d’un sommet et ne pas s’enfuir à peine arrivés!

 

Nico avec la vierge du grand Pic

Marie mon amour

Cette douce béatitude a malheureusement une fin et nous entamons la descente de la voie normale que je connais déjà pour y avoir pris un but avec Jade et Arno. Les rappels s’enchainent jusqu’au Glacier carré.

 

Les rappels au dessus du Glacier carré

Rappels au dessus du Glacier Carré

La désescalade du glacier, en glace sur le haut nous demanderons encore toute notre attention.

 

Désescalade du Glacier Carré

Rester concentré!

Puis nous reprenons les rappels à partir du Pas du chat. En bas nous bifurquons dans les rappels de l’Horreur du Bide, une voie « moderne » que j’avais parcouru peu de temps avant.

En 3h45 nous mettons pied sur le Glacier des Etançons en même temps que les premiers coups de tonnerre et quelques gouttes d’eau!

Nous serons finalement épargnés par l’orage jusqu’à la Bérarde où nous jouissons autour d’une bonne bière de la satisfaction du rêve accompli!

 

 

Arête Sud de l’Olan

Arête Sud de l’Olan

Un semaine après notre virée à la traversée des Aiguilles de Sialouze et à l’éperon Renaud aux Tenailles de Montbrison, nous reconstituons avec Tibo et benoit le trio de choc!

L’arête Sud de l’Olan. Je ne sais pourquoi notre choix s’est porté vers cette voie un peu abandonnée… Au refuge déjà où nous sommes allé boire quelques coups avant de rejoindre notre bivouac, le gardien accueille hilare notre projet d’ascension : « c’est marrant ça fait deux fois en 20 ans qu’on me parle de cette arête, et les deux fois c’est cette année! ». Normal après tout puisque le précédent a lui en avoir parlé ben c’était moi lors d’une précédente visite!

Au final c’est un itinéraire qui mérite une visite : le rocher demande un peu d’attention par endroit mais est globalement bon à très bon, avec des belles petite section de grimpe se prêtant plutôt bien à la pose de camalots

Vu l’enneigement (face platré la veille par 10cm de fraiche), nous avons préféré rejoindre l’arête S au plus haut en passant par le glacier de l’Olan mais il est possible d’attaquer l’arête bien plus bas en passant par le pas de l’Olan pour aller chercher une vire en face W de l’arête.

Jusqu’à la brèche Escarra tout s’est déroulé à merveille, malgré un peu de lenteur due à la neige et au froid.

La descente du couloir issu de la brèche s’avère impossible vu les conditions de neige. Nous optons donc pour une descente en rappel en se disant qu’on rencontrera forcément un relais vu qu’on doit pas être les premiers à redescendre. Et bien que nenni!! La descente a été bien fastidieuse à chercher des becquets acceptables sous la neige.

Comble de bonheur, absorbés par l’action (et probablement un peu atteint par la fatigue) nous avons loupé la vire de la voie normale et donc continué notre descente hasardeuse jusqu’au bout du couloir qui aboutit au dessus d’une barre rocheuse verticale voire surplombante qui domine le glacier. Et là paroxysme de la suprême béatitude, non content de ne pas savoir du tout comment poursuivre la descente, nous trouvons opportun de ne pas parvenir à rappeler cette fichue corde celle ci-étant par ailleurs purement et simplement coincée.

Chance dans notre malheur, étant donné que nous n’avons pas pu tirer la corde d’un seul centimètre, nous disposons des deux brins pour remonter. Le couloir à cette endroit présente plusieurs ruptures de pente nette que les grimpeux nomment « surplomb » d’où une remontée sur corde pas piquée des vers (avec une corde détrempée et donc des autobloquants qui coulissent mal). Finalement la corde été coincée uniquement par le frottement de la corde trempée sur la sangle de relais (on avait cru bon d’économiser un maillon rapide, l’avarice et la paresse sont deux péchés!).

Bilan : il commence à se faire presque huit heures du soir, on est au dessus d’une barre de plus de 50m à vue de nez et pas le moindre becquet pour y faire relais. ça sent donc pas très bon. Finalement par une grande traversée puis une désescalade un peu foireuse sous le départ du pilier Anne, un becquet candidate… après moult tergiversations de groupe portant notamment sur la solidité du becquet, sur la hauteur qui nous sépare du glacier et sur certains aspects météorologiques et temporels nous parvenons à la conclusion que la meilleure solution pour éviter de passer une nuit à grelotter vachés à ce pauvre becquet au lieu de boire des bières et manger des pâtes dans la vallée, c’est de fixer la corde pour descendre 100m d’un coup avec, en plus de l’abandon de notre bonne vieille corde, un petit passage de nœud dans une zone que nous suspectons très verticale.

C’est donc la queue entre les jambes que je me lance dans ce rappel et ô miracle! Allah est grand! La corde caresse délicatement la lèvre de la rimaye. Que d’érotisme! J’en verse une larme d’émotion. Donc grand bousculement dans le programme : pas d’abandon de corde et tout le monde sur le glacier un quart d’heure après!

Longue et éprouvante descente jusque dans la vallée mais heureux de vider quelques bières en pensant à la bien pénible nuitée qui nous pendait au nez!

Traversée des Aiguilles de Sialouze

Traversée des Aiguilles de Sialouze

La traversée de Sialouze est un des itinéraires incontournables du massif des Ecrins. Encerclée par les Ailefroides, le Pic sans nom et le Pelvoux, cette belle traversée aérienne se déroule sur un granit irréprochable (sauf au tout début), ce qui n’est pas toujours le cas dans le massif, loin s’en faut!

Fidèles à notre amour du bivouac, nous installons avec Ben et Tibo notre campement sur la Bosse de Sialouze (3200m). La montée est plus longue que si l’on dort au refuge du Pelvoux mais il ne reste plus le lendemain qu’une centaine de mètres de dénivelé pour aller à la brèche, c’est appréciable!! Le bivouac est très confortable mais il n’y a pas d’eau courante : il faut la prendre en montant au niveau des dalles ou faire fondre de la neige (à 2 min)…

Un peu de neige est tombée la veille ce qui nous a rendu délicates les désescalades des trois premières tours après l’aiguille… mais en revanche une belle ambiance automnale! c’est quand même plus joli les montagnes avec de la neige!

L’escalade ne dépasse pas le V mais il faut protéger soit même et on grimpe en grosses chaussures ce qui change un peu la donne.

Il y a pas mal de variantes possibles plus ou moins difficiles et protégées/protégables selon les affinités de chacun donc inutile de faire une fixette sur le topo. Privilégier le feeling!! C’est quand même pas très paumatoire (on sent vite quand on est pas au bon endroit)

Depuis notre passage, les guides de la compagnie Oisans – Ecrins ont mis en place 5rappels sur chaines le 03 juillet 2009. Toutes les informations et le topo de la traversée de Sialouze sur camptocamp.

Mont Blanc : Traversée Miage – Bionnassay

Mont Blanc : Traversée Miage – Bionnassay

Après les trois semaines d' »expédition » avec Jade dans les Ecrins et le retour à la Meije quelques jours avant, je me sens plutôt en forme.

Fabrice est motivé aussi par un beau projet. Après mon but l’an dernier au Mont-Blanc, j’ai bien envie de récidiver mais par un itinéraire moins couru que la voie normale.

Nous ne mettons pas longtemps à nous décider pour la traversée royale. Faut pas l’appeler comme ça il parait, mais c’est quand même plus court que la traversée Miage – Bionnassay – Mont-Blanc – trois Monts à la descente!

Deux amis de fabrice se joignent à nous.

J1 : nous montons dans la grisouille jusqu’au « refuge » des Conscrits, une belle usine à gaz! Quelques doutes sur la météo quand même! Carpe diem, nous misons au moins sur les Dômes de Miage!

J2 : nous sommes quelques cordées à nous élancer (sans trop d’élan non plus) le matin en direction de l’Aiguille de Bérangère (pas vue la Bérangère). Ensuite, c’est un vrai régal. On est quasi constamment sur le fil des Dômes de Miage avec en fond d’écran le Mont-Blanc et tout l’itinéraire du lendemain… La classe. La plupart des cordées qui ont partagé notre petit déjeuner se sont arrêtés à l’Aiguille Bérangère ou font « seulement » les Dômes de Miage. Du coup passés les Dômes, on retrouve une certaine solitude. Petite pause sur les rochers où j’aurais un éclair de génie : poser mon casque sur le côté rond, pour être sur qu’il ne soit pas trop stable! Le casque trop content de pouvoir enfin vivre sa destinée s’est lancé dans une folle descente versant italien. J’ai voulu m’opposer à cette cruelle déchirure mais j’ai bien vite compris que cela risquait de nuire à mon espérance de vie… Je crois même mettre dit pendant une seconde qu’un jour j’irai le rechercher… Oui, oui, bien sur…

… le deuil du casque est rapidemment fait avec un bon sandwich entre les mains et on se remet en route vers le refuge Durier. De loin, le refuge parait tout petit. Plus on se rapproche, plus on se rend compte que le refuge est vraiment tout petit! Une vrai petite boite d’allumettes, accrochée à la montagne dans laquelle s’entassent les alpinistes… Heureusement nous ne sommes pas très nombreux, une petite quinzaine d’allumettes. Mais cela impose déjà au gardien de faire plusieurs services sur sa petite table pour6 personnes. La météo est nickel pour le lendemain avec un peu de vent… Le soir devant une bière, on se fait tous les scénarios pour le lendemain

J3 : nous faisons parti du deuxième wagon de petits déjeuner. Finalement c’est bien plusieurs services… ça décale les départs sur la trav’. Du coup nous ne seront jamais génés de la journée ni par nos prédécesseurs ni par nos poursuivants!

Petit prélude en neige. On arrive au levé du soleil dans la section rocheuse.Le rocher est pas des meilleurs partout mais c’est bref. On rejoint ensuite le fil jusque sous l’aiguille de Bionnassay. Comme on est toujours pas certains d’être tous assez en forme pour aller jusqu’au Mont-Blanc, on shunte l’aiguille de Bionnassay… Avec le recul c’est con quand même, il devait rester même pas 50m! C’est pas ça qui nous aurait fait basculer dans le rouge.

Mais peut-être aussi que toute notre attention était captée par ce qui nous attendait passé l’aiguille : ce fil de neige tendu entre l’Italie et la France, cette arête de neige suspendue sur des rebords de 800m, ce passage qui fait la légende de cette traversée, une des plus belle des Alpes… Un poil de tension. Comment être indifférent à ce vertigineux chemin? Sur environ 100m, il faut marcher vraiment sur le fil et assurer ses pas… La stratégie d’assurage, tout le monde la connait : sauter de l’autre côté de l’arête si votre compagnon trébuche… Très efficace mais intellectuellement peu stimulant.

Démontrant là un évident manque de curiosité quand aux techniques alpines, aucune des cordées que nous sommes aujourd’hui sur ce rasoir de neige ne tentera l’aventure.

Arrivé au Dôme du Goûter, on évalue la fraicheur des troupes. C’est variable mais tous le monde est open pour continuer. Pour ma part, je vis dans la montagne quasiment en continu depuis un mois, je suis parfaitement entrainé et acclimaté : en bref j’ai la patate… c’est un vrai plaisir d’être là fringuant, surtout quand je repense à l’année passée!

La montée sur l’arête des Bosses se passe bien même si ça commence à caler légèrement pour certain membre de l’équipage. ça rale, ça souffle, ça dit que ça peut pas, mal à la tête… Puis finalement, à l’arrachée, nous sortons tous au sommet, bien heureux! Il est 10h45. On profite d’un sommet quasiment désert. Le pied… Le vent finit quand même par nous chasser.

A part mal de casque et nausées pour deux de nous quatre, tout baigne. Il est tôt, nous avons largement le temps de redescendre par les Trois Monts jusqu’à l’aiguille du Midi. D’autant plus qu’en redescendant, les effets de l’altitude s’atténueront.

La « descente » des trois Monts comporte au fait deux faux plats montants un peu longuets. Quand on commence à être dans le rouge ça compte! Le passage de la rimaye du Maudit est complètement folklo. Tout ce que je déteste en haute montagne : la connerie humaine transposée à la haute altitude. Un embouteillage sans communication, où tout le monde veut tirer son épingle du jeu au détriment des autres. Après avoir attendu sagement notre tour pour descendre proprement en rappel et s’être rendu compte qu’on se faisait gratter sans scrupules par tous les nouveaux candidats, nous avons nous mêmes fait les veaux et balancé notre corde dans le « tas ». Pas très fier avec le recul.

Deux membres de notre équipage commencent à sérieusement ramper et la remontée des 200m de l’arête de l’aiguille du Midi sera pour eux un vrai calvaire, la croix en moins…

Le retour vers la vallée est surréaliste. Bienvenue à Chamonix où en quelques minutes on passe du monde des glaces à celui des marchands de glace. Choc brutal après trois jours en montagne mais qu’est ce qu’on est heureux!

Cette traversée de Bionnassay est probablement une des plus belles façon de gravir le Mont Blanc dans un niveau de difficulté raisonnable. La montée en 3 jours permet de peaufiner son acclimatation et de mettre dans sa besace au passage les très esthétiques Dômes de Miage.

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