Traversée de la Meije Orientale

Traversée de la Meije Orientale

On ne mollit pas aujourd’hui avec Manu et Cyrille… L’idée est de rallier le refuge de l’Aigle en passant par la Meije Orientale. Le programme est ambitieux je le sais mais je commence à connaître un peu mes deux phénomènes et je ne doute pas d’eux! Nous prenons donc la direction du col du Pavé pour une petite mise en jambe matinale dans des pentes déjà un peu raides… Une petite longueur d’escalade au dessus de la rimaye qui nous permet d’accéder aux pentes de neige menant à la brèche Maximin Gaspard. La vue sur la suite laisse Manu dans une grande perplexitude qui nous gratifie régulièrement de : « vous êtes vraiment des grands malades, mais c’est quoi votre problème les gars? »… Même s’il dit non avec la tête, Manu dit oui avec ses pieds! Et se déjoue sans trop de problèmes de tous les pièges qui nous sont tendus sur cette belle course de grande ambiance! Cyril qui en mène un peu plus large se délecte de ce beau morceau d’Oisans sauvage offrant dans ces conditions des passages… intéressants! Notamment les courtes traversées de corniches, plus menaçantes du tout mais sur lesquelles il faut jouer avec son équilibre!

Heureusement que les crèpes de Louis sont là pour reconstituer son homme avant la descente vers la vallée!

Traversée de la Meije again!

Traversée de la Meije again!

4 jours après la traversée de la Meije avec Jacques et Oliv , retour sur la belle.

Quand Jean & Marie me contactent la semaine précédente pour réaliser la traversée de la Meije, je suis d’abord un peu sur la défensive… Partir avec des « inconnus » sur cette grande course, engagée, en altitude, sans réaliser au préalable une course de rodage ne m’enchante pas trop… En discutant plus longuement au téléphone, Jean me lâche le morceau : ce sont d’excellents grimpeurs qui n’ont certes pas une grosse expérience alpine mais déjà pas mal de courses de rocher à leur actif (et pas des moindres), notamment dans les Pyrénées… Je commence à me détendre un peu et leur propose de bloquer un créneau de 3 jours pour se garder le temps de redormir à l’Aigle si besoin… De toute façon, nous verrons déjà en remontant les Enfetchores si tout baigne! Il n’y a plus qu’à attendre un bon créneau pas trop orageux et zou!

Et bien je n’ai pas été déçu par ce petit pari! Le contact passe vite avec Marie & Jean qui gambadent comme des isards dans les Enfetchores… Bonne condition physique, pied montagnard, gestion du rythme… Les Enfetchores ne disent pas tout non plus, mais c’est quand même un bon indicateur! Seul le terrain un peu miteux de la descente de Brêche ne les enchante pas, mais faut reconnaître qu’il n’y a pas de quoi!! De toute façon ce genre de passage putride est totalement absent de la traversée!

On arrive en milieu d’après midi au refuge pour profiter tranquillement du lieu et de l’accueil des gardiens, Fredi, Nathalie et leur stagiaire Guillaume… Qu’on est bien à ce Promontoire!

Seul zone d’ombre, la météo… Il semblerait que de l’activité orageuse soit prévu demain. Quand Fredi nous fait part de la messe du soir, deux écoles s’affronte : les prévisionnistes de Briançon et leurs premiers orages à 13h contre les prévisionnistes de Grenoble, pas d’orages avant 17h… Nous surveillerons ça de très prêt!

Réveil 3h, ce coup là je me réveille!

3h40, décollage de la terrasse du refuge… Nous sommes la première des 4 cordées du jour au Pas du Crapaud. J’apprends grâce à Philippe que ce que je crois être le Pas du Crapaud n’en est qu’une variante!! Y a du bon parfois à croiser les collègues sur le terrain!! Nous filons devant à bon train. J’essaye de temporiser mes deux compagnons mais il semble que le rythme soit bon pour eux.. Bon ben OK on continue comme ça alors!

Tout déroule, les passages s’enchaînent comme les notes sur une partition : campement des demoiselles, couloir Duhamel, Mirroir, Dalle Castelnau, Dos d’Ane, Vire aux Encoches, Dalle des Autrichiens, Pas du Chat, Vire du Glacier Carré, Glacier Carré, Cheval Rouge, Chapeau du Capucin… et Grand Pic!

Il est 7h45… Nous sommes toujours devant et sereins pour la suite! On profite du sommet!

La suite du voyage se déroule sans bavure jusqu’au Doigt de Dieu entre manips de cordes, couloir englacé, parcours d’arête… le glacier du Tabuchet passe encore bien (mais pour combien de temps!) et nous sommes vers 12h45 au refuge… J’en demandais pas tant!! Peut-être mon briefing de la veille sur les orages et les prises de décision a mis un peu la press’ à Jean & Marie!!

Bref on est large et on décide de redescendre dans la foulée après une bonne pause de 2 heures le temps d’avaler quelques crêpes et écouter les p’tits airs d’accordéon de Louis… Du bonheur!

Jonction établie avec le Pont des Brebis en 2h30… Le temps d’aller chercher la deuxième bagnole à la Grave, de se caler au bistrot et s’abat soudain un rideau de pluie qu’on est content d’observer la bière à la main!! C’est donc finalement les prévisionnistes Grenoblois qui avaient raison!

Merci à tous les 2, c’était parfait!

Traversée Meije - Belle crevasse sur l'approcheTraversée Meije - Levé de soleilTraversée Meije - Jean à la sortie du CapucinTraversée Meije - OmbreTraversée Meije - Jean à la sortie du Capucin Traversée Meije - Marie en finit avec le Grand PicTraversée Meije - Jean & MarieTraversée Meije - Le guidossTraversée Meije - Les arêtes jusqu'au Doigt de Dieu

Traversée de la Meije

Traversée de la Meije

L’an dernier,la météo exécrable de l’été n’avait laissé que peu de créneaux pour réaliser la traversée de la Meije… Avec Jacques et Oliv, nous nous étions rabattus sur des courses mixtes, dans des conditions hallucinantes pour l’époque (30 à 40cm de fraîche et gros blizzard) : Traversée roche Paillon – Emile Pic, Traversée de neige Cordier

Un an plus tard, rien à voir! C’est la canicule et la montagne et sèche, un peu trop même! Le terme de regel a disparu des dictionnaires d’alpinisme! Pas terrible pour les courses de neige mais excellent pour le caillou, tant que les accès glaciaires restent praticables….

Cette année nous nous attaquons donc au grand rêve de Jacques, la traversée de la Meije. Nous étalerons la course sur 3 jours en dormant au Promontoire et à l’Aigle. Le créneau météo est parfait, tout baigne!

Rien ne vaut un bon casse dalle avant d’attaquer la montée

Traversée de la meije - Ptit casse dalle

Aujourd’hui, c’est la montée par les Enfetchores qui nous attend. 1000m de montée plutôt ludique le long de ce bel éperon rocheux…

Traversée de la meije - Les Enfetchores

Puis un petit bout de glacier jusqu’à la brèche de la Meije et une rimaye qui s’ouvre de plus en plus!

Traversée de la meije - Brêche en vue

Vue sur le glacier au dessus des Enfetchores

Traversée de la meije - Le Glacier après les Enfetchores

Et après la descente de la Brèche, le refuge du Promontoire, terminus du jour!

Traversée de la meije - Le Promontoire

Vautrage en règle sur les canapés en terrasse!

Traversée de la meije - Affalage en règle au Promontoire

Le point météo et conseils avec Fredi le gardien et le petit Rhum planteur offert par la maison!! Décidément, la Meije est bien entourée entre Fredi et Nathalie au promontoire et Louis et Laura à l’Aigle…

Traversée de la meije - A l'heure de l'apéro offert

D-day : la journée commence pour moi par la douce phrase suivante : « Putain Nico qu’est-ce-que tu fous? Il est 3h30! »… Effectivement je me suis un peu loupé sur le réveil!! Je saute du lit, avale deux tartines et envoie mon sac sur le dos… Finalement je suis prêt avant mes compagnons : « Alors les gars qu’est-ce-que vous foutez? »…

Dans la nuit, après le Pas de Crapaud, nous déroulons sur l’arête puis dans le Couloir Duhamel. On trouve notre rythme… Nous avons toute la journée devant nous, pas d’orages annoncés et nous redormons à l’Aigle… Tranquille!

Nous atteignons le pied de la Muraille Castelnau avec le jour.

J’arrive au Dos d’Ane…

Traversée de la meije - Le Dos d'Ane

Et oliv en sort! Granit irréprochable…

Traversée de la meije - Oliv sort du Dos d'Ane

Vire aux encoches, un petit surplomb et c’est la dalle des Autrichiens que nous gravissons par le dièdre…

Traversée de la meije - Dalle des Autrichiens

 Oliv et Jacques à la sortie de la dalle des AutrichiensTraversée de la meije - Oliv dans la Dalle des Autrichiens Traversée de la meije - Jacques dans la Dalle des Autrichiens

Pas du chat, vire du Glacier Carré… On enchaîne. Le glacier est en excellentes conditions avec une belle trace diagonale…

Nous voilà au pied du Grand Pic. Ca déroule jusqu’au Cheval rouge. Oliv et Jacques se délectent de ces mythiques passages!

Traversée de la meije - Cheval Rouge

Oliv dans le Chapeau du Capucin.

Traversée de la meije - Sortie du Chapeau du Capucin

Sur le petit bout d’arête menant au Grand Pic

Traversée de la meije - Sortie du Chapeau du Capucin Traversée de la meije - Sortie du Chapeau du Capucin

9h30 : alléluya!

Traversée de la meije - La vierge

Quand le génie montre le ciel…

Traversée de la meije - Doigt de Jacques sur Doigt de Dieu Traversée de la meije - Vue du sommet Traversée de la meije - Pause casse croute pour OlivTraversée de la meije - Guide au grand Pic Traversée de la meije - La sablé compagnie

Mais ce n’est là que la moitié de la course! Il reste un peu de chemin avant les crêpes de l’Aigle!

Les rappels du Grand Pic, la brèche Zsigmondy et le couloir du même nom tout en glaçon!

Traversée de la meije - Dans le couloir ZsigmondyTraversée de la meije - Goulotte Zsigmondy

A la sortie du couloir, Oliv considère que son piolet a assez vécu et le laisse choir dans la face nord!

Les arêtes sont bien sèches, nous quittons les crampons et reprenons notre progression.

Nous sommes stoppés au niveau de la 3ème dent par un secours (rien de grave une entorse au genou). On s’octroie 3/4 d’heure de pause et on admire le spectacle…

Traversée de la meije - Secours sur les arêtes

Suite des manœuvres sur l’arête sans encombre. Le Doigt de Dieu s’offre à nous, on commence à la tenir cette traversée!

Le glacier est encore bien praticable même si ça ne va pas durer des lustres. Quelques gros ponts de neige vont vite devenir problématiques!!

Traversée de la meije - Crevasse à la descente

16h30 : Echouage à l’Aigle. C’est le bonheur pour tous… Après les doutes de la veille Jacques savoure encore plus que nous cette belle réussite, qu’il n’a pas volé! Nous sommes contents de passer la soirée tranquilles ici pour redescendre au petit jour demain…

D’autant que le petit déjeuner fait plaisir avec du vrai pain, du cake et des petites confitures maison… Sans oublier la fameuse pâte à tartiner!

Traversée de la meije - Réveil à l'Aigle

Au petit jour nous filons pour les 3h de descente avec à l’est une bien belle enclume!

Traversée de la meije - Belle enclume

Bravo à tous les 2 pour ce beau voyage réalisé sans anicroche!

Zig – Zag dans le Z

Zig – Zag dans le Z

Après notre mixture au Pelvoux, on part ce coup-ci avec Frank en direction de la face nord de la Meije pour gravir le Z… La neige tombée en abondance a bien nourri les faces, les conditions sont démentes! Et nous, après 3 jours de régime patate – poulet – sieste, ben on l’a la patate!

Sylvain et Julien se joignent à nous pour cette petite aventure. On opte pour un bivouac en haut des Enfetchores ce qui est une très bonne option pour les feignants du premier jour mais par contre c’est un peu la mission pour récupérer les affaires le 2ème jour!

Comme prévu le Z est tout « couic » ça randonne… On a juste essayé de faire une variante au début pour pas se mettre derrière les autres cordées mais c’était pas le bon plan! Une heure de perdue et un mini « Z » en supplément!

Finalement c’est la traversée de la Meije et surtout la récup du bivouac qui seront les crux du jour!

Salsa pour 3 étoiles

Salsa pour 3 étoiles

2h30. J2 commence bien tôt. On s’ébroue. Pfoudi!

3h15 : après un copieux p’tit déj, on s’élance vers la brêche de la Meije. Dans combien de temps seront nous de retour ici?

Salsa pour 3 étoiles - Vue d'ensemble

Le regel est très bon ça porte nickel! De l’autre côté de la brêche, versant nord, ça brasse forcément un peu plus, la neige est encore poudreuse, 30cm par endroit… On rejoint la rimaye de la face nord sans trop de souci mise à part quelques furtives explorations sous-glaciaires, vite enrayées. Vers 5h30, on est devant la rimaye bien impressionnante : un mur surplombant de neige peu consistante. Ju fait une timide tentative dans l’axe de la voie mais finalement l’issue sera à l’aplomb du départ du Z, 200m plus à droite. Juste un court mur de glace à franchir. Ensuite nous nous déportons vers la gauche pour remonter la rampe mixte à gauche du départ du Z. En 3 très grandes longueurs de mixte (M4 max), nous rejoignons les premières difficultés, un dièdre sombre.

Ce dièdre n’est finalement pas très dur, un genre de V+ en crampons. Les conditions mixtes de la face nous imposent en effet de rester en crampons bien que nous ayons les chaussons au fond du sac. A la sortie de ce dièdre on se rapproche très sérieusement de la Directe Nord. Par crainte de se retrouver dans cette voie, je me laisse embarquer trop à gauche dans une dépression sous un grand « couloir » rocheux. Le problème c’est que cette option nous embarque dans une grande muraille verticale d’une centaine de mètres et ça c’est pas très bon. Un peu de désescalade et tout rentre dans l’ordre. Il faut en fait prendre une goulotte évidente légèrement à droite. A ce moment de  l’ascension on se trouve environ 50-100m à gauche de la Directe.

La goulotte est magnifique! Entre 50cm et 2m de large et jusqu’à 80° de raideur. Nous la remontons en corde tendue avec un piolet chacun… Tout va bien, ça avance! La goulotte vient buter sur un ressaut raide. Nous remontons une cheminée verticale de 30m (6a) puis nous sortons vers la droite en direction d’un bitard bien caractéristique. Quelques doutes sur l’itinéraire : faut dire que les topos sont pas d’une clarté sybilline!

Finalement on prend la bonne option en s’engageant vers ce bitard et en remontant le mur raide au dessus, le crux de la voie (6b, 1 piton en place). Le piton ne se voit que le nez dessus. Pour ma part en tête, j’artife un pas, au niveau du piton. Ju passe en libre. A la sortie du crux, encore un cablé indique qu’on est pas les premiers à passer par là! Dernière longueur de salsa pour rejoindre la vigie par une espèce de traversée ascendante à droite, au plus simple. Il est 12h, on atteint la petite vigie…

La, la course n’est pas finie. La Directe réserve encore quelques beaux morceaux de varappe que les conditions nous imposent de gravir en crampons. Un dièdre en V+ au dessus de la petite Vigie puis on arrive sur les passages clés de la Directe. Une première longueur en bon V ou une petite zipette coûtera à Ju, un peu de la peau de ses doigts. Quand à moi, c’est guère mieux, dans le 6a+ au dessus, sans m’y attendre le moins du monde, je zippe un mètre au dessus du relais choyant lamentablement sur le relais jusqu’à 2m en dessous. Le contact viril entre le rocher et mon fondement sera ressenti jusqu’à la semaine suivante! Semaine pendant laquelle tout matière molle pour poser mes fesses sera la bienvenue!

Enervé comme un cheval blessé, l’égo fracturé par cette chute, je repars illico dans la longueur, artifant dans les règles ce passage clé…. M’enfin quoi on va pas se laisser emmerder par un bout de caillou!

Au dessus quelques longueurs nous attendent encore. Pas toujours évidentes à protéger, ça ne déroule pas vraiment même si c’est pas extrême. En chaussons c’est du IV pas plus mais les dalles en crampons, c’est un peu comme comme faire de la couture avec des gants de boxe, ça prend du temps!

Finalement il est 16h quand nous saluons la vierge du Grand Pic. La joie explose! C’est le panard d’être là et de jour! On ne savait pas trop à quelle sauce on allait être mangés dans cette voie, on s’en tire pas trop mal, c’est de bonne augure pour la suite…

Comme durant les 5 jours de ce trip, le ciel est limpide d’un bleu haut alpin si caractéristique. le doigt de Dieu nous salue. La vue sur les alentours est d’anthologie. On savoure ces instants volés. A la Meije, on est pas complètement paumés : du réseau dans la face et du réseau au sommet. J’en profite pour rassurer Marie qui une fois de plus se demande ce que son énervé de petit ami est encore aller chercher là haut! (Je me le demande parfois aussi après coup mais quand je suis là haut, je sais pourquoi j’y suis!)

Durant  ces ascensions, l’état que j’expérimente me vaudrait d’être classé illico parmi les grands névrosés si je le décrivais à un psychiatre de la vallée! Passés la calme torpeur du matin, toutes mes pensées sont d’abord désordonnées, brêves, chaotiques, mélange d’idées chroniques, de bouffées émotives, de préocupations concrètes du quotidien, d’airs de musiques débiles qui tournent en boucle, de calembours douteux et d’embryons de grandes réfléxions métaphysiques sur le pourquoi du comment? Tout ça se mélange joyeusement à la recherche d’itinéraire, aux bribes de conversation avec son partenaire (quand on le croise!), à la contemplation du paysage et aux problèmes gestuels qui se posent…  Une véritable ratatouille mentale! Sans compter la sournoise lourdeur qui comprime la plupart du temps ces boyaux qui refusent de se vider avant le milieu de la voie. Il peut très bien m’arriver de penser en serrant une petite réglette dans un passage difficile, à l’annonce de covoiturage qu’il faudrait que je dépose tout en sifflotant toutouyoutou… Complètement désuni! Un vrai bordel la dedans!

Heureusement, au cours de la montée, j’ai toujours l’impression que cette ensemble s’épure, que ma pensée devient plus harmonieuse, plus efficace, plus unie avant de cesser d’exister au sommet, dans un pur moment d’allégresse et de plénitude! J’ai l’impression que chaque ascension est un cheminement inconscient qui triture au plus profond de moi, de façon quasi chirurgicale, une sorte d’alchimie étrange qui imperceptiblement me transforme… Pas facile à décrire.

Ouhlà! Flagrant délit de disgression, j’arrête là!

On est bien content d’attaquer la descente par la voie normale de jour, c’est toujours mieux! Première succession de 4 rappels jusqu’au Glacier carré. C’est pas fluide : corde qui coince, on s’emploie! Nous ne sommes pas au bout de nos peines : quasiment tous nos rappels vont foirer dans la grande muraille dont 2 bloqués : yihah! On se régale… Pour garder la forme j’expulse quelques jurons sous l’oeil amusé de Ju, un peu plus calme! Et rebelote dans le Duhamel…. Et p****** de b***** de m*****!

Heureusement plus de rappels ensuite (sauf le pas du crapaud), juste de la désescalade jusqu’au Promontoire qu’on rejoint vers 21h30.

Soupe et bon petit gueuleton de ravioli avant la dose de génépi qui nous rend plus bavard! Première étape accomplie et avec du temps pour se reposer, c’est bon ça! bilan de l’état des bonhommes : Ju s’est bien steacké les doigts et moi ce soir je ne peux pas poser le cul autre part que sur du mou! Nous verrons demain si nous sommes en état de continuer. Je m’endors sur le bouquin de Chapoutot sur la Meije après avoir lu 5 fois la même ligne sans la comprendre….

La suite…

Mitchka – Grand Pic de la Meije

Mitchka – Grand Pic de la Meije

Mitchka deuxième!

Après les déboires de la tentative précédente une 15aine de jours avant, je retourne avec Seb pour essayer de terminer Mitchka et au passage récupérer ce malheureux chausson que j’ai égaré sur le Fauteuil.

Cette fois ci, nous dormons au refuge du Promontoire où nous sommes seuls avec les gardiens le premier soir.

L’ascension se déroule sans accroc. Forcément vue la fraicheur de ma dernière visite dans le secteur l’itinéraire en bas, je le connais par coeur! Par contre pas la moindre trace de mon chausson sur le Fauteuil malgré 1/2h de recherches. Tant pis, ça aurait été trop beau!

La seconde partie de la voie au dessus de la vire du glacier Carré est vraiment magnifique. Rien à dire! Seul un pas nous échapperas à vue dans le dernier 7a. Sortie au sommet du Grand Pic pour la deuxième fois en 15 jours et encore le même bonheur!

Meije Grand Pic – Voie Allain-Leininger

Meije Grand Pic – Voie Allain-Leininger

La Face Sud Directe du Grand Pic de la Meije dite aussi la Pierre Allain est un monument historique de l’alpinisme dans les Ecrins. La voie a été ouverte en deux fois en septembre 1934 jusqu’à la vire du glacier Carré et l’été 1935 jusqu’au sommet. En 1934, arrivés aux vires du glacier Carré, Raymond Leininger et Jean Vernet jugent que la voie est terminée et souhaitent contourner le bastion sommital par la gauche pour rejoindre la voie normale. Pierre Allain lui veut ouvrir une directe mais devra bien pour cette fois se rallier à la majorité. C’est l’année suivante qu’il convaincra Raymond Leininger d’aller achever cette directe qui deviendra par la suite une des plus grandes classique des Ecrins. Il atteindront le sommet à 14h30, horaire qui en dit long sur leurs bonnes qualités de grimpeurs!

Cette directe se déroule sur un rocher excellent de haut en bas et se faufile astucieusement, toujours au plus facile dans cette face.

Pierre Allain qui a donné son nom à cette voie fut un des plus grands alpinistes et grimpeurs français. On lui doit de nombreuses premières dans le massif du Mont Blanc (face Nord des Drus, traversée des Aiguilles de chamonix, 3ème de la Walker, etc…) et des Ecrins (Directe à la Meije, Arête Sud Ouest Pic Sans Nom) ainsi que des expéditions lointaines. Ce Bleausard est par ailleurs le père de quelques inventions : le chausson d’escalade, le mousqueton en alliage léger, le descendeur, le sac de couchage en duvet, excusez du peu! Il a aussi inventé le décrocheur, une sorte de rappel éjectable qui n’a jamais vraiment conquis les foules, bien qu’apparemment très fonctionnel. Bref, une figure incontournable de l’alpinisme.

Tous les amoureux du massif (et pas que) rêvent de parcourir un jour ce monument qui n’a pas pris une ride en 70 ans. L’escalade jamais extrême reste sérieuse avec un bon sac sur le dos. Au fil des répétitions, de nombreuses variantes ont vu le jour mais toutes plus difficiles que l’itinéraire original. Le jeu est donc d’avoir le flair pour passer au plus facile. Le caillou est excellent tant dans les granites jusqu’aux vires du Glacier carré que dans les gneiss au dessus. Tout ça sur le sommet emblématique du massif : une voie parfaite quoi!

C’est avec Ben que je pars gravir cette voie dont nous rêvons tous les deux et que nous avions évoqué lors de notre précédente ascension du Pilier Desmaison au pic de Bure. Nous remontons le long vallon des Etançons, sur lequel regne la reine Meije, pour aller dormir au refuge du Promontoire.

La Meije au fond du vallon des Etançons

La Reine règne sur son domaine

A notre grand étonnement, le refuge est blindé! C’est la soirée de cloture du refuge et de nombreux amis des gardiens sont montés en plus des alpinistes. Ambiance conviviale donc et une nuit dans les combles dans un concert de ronflement et une chaleur torride. Les grands moments de la vie en refuge!

Après cette courte nuit, nous attaquons l’approche par les rappels du Crapaud. En une petite heure nous sommes à l’attaque. Trop gourmand, nous partons à corde tendue à 50m, ce qui n’est absolument pas conseillé quand l’itinéraire tortille. Le tirage finit par avoir raison de notre progression et nous perdons une bonne demi-heure à retrouver une configuration plus adaptée. Nous parcourons l’itinéraire tranquillement et sans souci et débouchons en 7h au sommet, légèrement fourbus par le poids des sacs.

 

Passage en V+ dans la Pierre allain

Passage en V+

Rassemblement au relais avant la cheminée verte

Meeting point

Alpinistes au niveau de la dent Zsigmondy

Alpinistes au niveau de la dent Zsigmondy

Dans le bastion sommital de la Pierre allain

Dans le bastion sommital

Grand moment de bonheur au sommet, à se dorer la pilule et pour la première fois contempler les arètes que nous avons déjà tous les deux traversées mais dans le brouillard!

 

Vue sur la traversée de la Meije

Les arêtes les plus connues du massif?

C’est vraiment le pied de pouvoir savourer l’ivresse d’un sommet et ne pas s’enfuir à peine arrivés!

 

Nico avec la vierge du grand Pic

Marie mon amour

Cette douce béatitude a malheureusement une fin et nous entamons la descente de la voie normale que je connais déjà pour y avoir pris un but avec Jade et Arno. Les rappels s’enchainent jusqu’au Glacier carré.

 

Les rappels au dessus du Glacier carré

Rappels au dessus du Glacier Carré

La désescalade du glacier, en glace sur le haut nous demanderons encore toute notre attention.

 

Désescalade du Glacier Carré

Rester concentré!

Puis nous reprenons les rappels à partir du Pas du chat. En bas nous bifurquons dans les rappels de l’Horreur du Bide, une voie « moderne » que j’avais parcouru peu de temps avant.

En 3h45 nous mettons pied sur le Glacier des Etançons en même temps que les premiers coups de tonnerre et quelques gouttes d’eau!

Nous serons finalement épargnés par l’orage jusqu’à la Bérarde où nous jouissons autour d’une bonne bière de la satisfaction du rêve accompli!

 

 

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