Stage Ailefroide – Pelvoux

Stage Ailefroide – Pelvoux

Descendu le jour même de Roche Emile Pic où se concluait avec Pascal et Jacques notre magnifique session dans le secteur du Glacier Blanc, je remonte illico au refuge du Sélé pour retrouver Alain et Tristan avec qui nous avons pour projet d’enchaîner Ailefroide Orientale et traversée du Pelvoux sur 4 jours.

Premier crux déjà pour le guide fatigué : éviter l’embuscade fatale dans la cuisine de Raoul…

Les conditions du moment sont incroyables. On chausse les crampons en contrebas du refuge et on ne les quitte pas de la montée en passant par le couloir. Tristan et Alain découvrent pour la première fois l’ambiance magique d’un couloir armés de 2 piolets chacun. C’est l’éclate! Nous sommes encore loin du sommet et la joie est déjà là! Au dessus du couloir, on reprend notre bon rythme. Petite pause avant la banane et on se lance sur cette incroyable courbure de neige… Le dôme sommital n’est plus qu’à quelques pas…

Et voilà! Nous foulons l’Ailefroide orientale. L’émotion est palpable pour tous. Vue 360° incroyable. Il fait bon. Une vraie invitation à rester là haut. Je retrouve aussi sur ce sommet mon pote et voisin Tibo qui du coup nous accompagnera aussi au Pelvoux.

A la descente nous passons par les vires, l’itinéraire estival classique qui se faufile dans un des contreforts de l’Ailefroide orientale. On quitte les crampons pour les quelques passages rocheux… En dessous des vires, la neige a un peu ramolli. Du coup on se laisse glisser sans crampons dans un large couloir qui mène jusqu’au pied du refuge. Tranquilos!

Alain et Tristan peaufinent leur acclimatation en restant dormir au refuge du Sélé. Rendez-vous est pris le lendemain au refuge du Pelvoux pour la suite du périple.

La traversée du Pelvoux est elle aussi en condition exceptionnelle pour la saison (y a pas de raison). On chausse les crampons 50 mètres au dessus du refuge. Toute la partie qui précède la bosse de Sialouze habituellement constituée d’éboulis et de dalles un peu fastidieuses de nuit sont d’agréables pentes de neige. Alain et Tristan sont en pleine forme, le rythme est bon. Tibo, notre photographe attitré, gravite autour de nous et nous shoote sous toutes les coutures… Nous arrivons au sommet de la pointe Puiseux de bonne heure. Encore de belles émotions pour tout le monde. Nous aimerions prolonger ces instants au sommet indéfiniment mais un petit vent nous rafraichit l’échine… et la descente est encore longue. La descente du plateau glaciaire du Pelvoux est un moment magique suspendu entre terre et ciel… Puis c’est la grande plongée vers la vallée. La zone des crevasses est avec ces conditions là une formalité! Une petite enjambée suffit à passer la vilaine mémère qui plus tard en saison imposera aux alpinistes quelques acrobaties… Quelques rappels plus tard on s’octroie une bonne pause au soleil histoire d’alléger le sac de nos victuailles… Il reste encore beaucoup de neige. On teste donc la descente par l’itinéraire d’hiver! Bien sympathique de s’éloigner des sentiers battus. Quelques gradins herbeux puis viennent les fameuses vires d’Ailefroide où il faut rester alerte… Le chemin nous mène directement à la terrasse du bistrot, sans transition!

Alain et Tristan, j’ai passé 3 journées excellentes avec vous. Ces instants ensemble étaient pour moi un régal! La façon simple et enthousiaste avec laquelle vous abordez la montagne, ces belles émotions partagées, votre émerveillement et votre bonne humeur permanent sont vraiment les plus belles récompenses pour un guide. Merci! Et j’espère à l’année prochaine pour un nouveau voyage.

Traversée du Pelvoux

Traversée du Pelvoux

Après notre préparation de lundi sur le glacier Blanc, à la faveur d’un bon créneau nous partons avec Benjamin et Julien « pour la fameuse traversée du Pelvoux. Il a reneigé une quinzaine de cm la veille jusqu’à 2500m! Une bonne période de fraichicule comme on les aime. Notre objectif est le couloir Coolidge, encore une voie ouverte par ce bon vieux révérend. Ce n’est cependant pas la voie originale puisque les premiers ascensionnistes (1828), le capitaine Durand et ses acolytes, ont empruntés les rochers rouges inférieurs pour aller établir un campement la haut et faire 3 jours durant des mesures géodésiques. Cette voie est abandonnée aujourd’hui, on lui préfère les rochers rouges supérieurs, plus logiques ou bien sur le couloir Coolidge. Durand ne mentionne pas dans ses écrits l’ascension de la Pointe Puiseux, le sommet du Pelvoux mais seulement celle de la pointe Durand, plus basse de 11m. Il est quand même probable qu’il est trainé ses guêtres jusqu’à ce sommet vraiment tout proche… Il n’en reste que la première ascension certifiée conforme de la Pointe Puiseux est attribué à Victor Puiseux (original) monté là haut sans guide…. Le couloir Coolidge ne sera lui défloré qu’en 1881 par le plus grand écumeur du massif de cet époque, le révérend Coolidge et ses fidèles guides Almer, père et fils. Enfin bref passons sur ces basses considérations historiques…

Aujourd’hui, avec la neige tombée, l’itinéraire du Couloir Coolidge est le plus approprié. Après une nuit un peu courte pour tout le monde, nous décollons du refuge vers 3h45. Nous sommes les premiers. Derrière nous, une dizaine de petites lucioles nous suivent. La marche tranquille du début de l’ascension permet de se rendormir un petit peu. Nous franchissons sans encombres un petit ressaut de dalles sous la bosse de Sialouze. La neige tombée permet une marche agréable dans ce qui d’habitude est un éboulis. Nous sommes vers 5h à la bosse de Sialouze où nous accueille un vent glacial qui descend le long du Couloir Coolidge. A l’abri, nous nous équipons pour les 500m du couloir. D’abord très large et peu raide, le couloir se rétrécit au fur et à mesure qu’il se redresse, jusqu’à 45°. Nous avançons bien, même si le mollets commencent à se faire sentir. Il faut rester concentré car quelques bourrasques de vent viennent parfois nous déséquilibrer. Après une bonne pause à la sortie du couloir, nous prenons pied vers 7h sur le plateau glaciaire du glacier des Violettes. L’ambiance est bien fraiche à cause du vent mais le soleil nous offre quelques calories bienvenues! En tous cas le spectacle est magnifique dans les lumières du petit jour. Encore quelques efforts et à 7h30 nous foulons la pointe Puiseux. Quel bonheur!

Autour de nous, nous voyons que une bonne partie des Ecrins et tout le nord des Alpes est dans la mélasse. Finalement, nous sommes sur un des ilots de beau temps du massif, la classe! Si ce n’était ce glacial vent de NE qui nous refroidit bien vite lorsque nous nous arrétons, nous resterions bien un long moment ici. Mais au bout de 20 min, la goutte au nez commence à geler, nous repartons! Sur le plateau glaciaire, le vent a effacé les traces des passages des jours précédents. Descendre ce plateau au petit jour, dans 15 cm de neige fraiche qui amortit agréablement nos pas avec un soleil juste délicieux est un vrai moment de béatitude que nous partageons tous les trois…

Sur le bas du glacier, nous contournons quelques grosses crevasses. Pour l’instant, cela passe encore sur les ponts de neige mais plus tard en saison, un rappel sur corps mort est fréquemment nécessaire.  La vigilance est de mise sur cette section est nous évoluons corde plus tendue que jamais! Nous quittons le domaine des glaces et démarre la partie longue de la descente : les rappels et les désescalades successives qui mènent au névé Pellisier. Il faut encore courrir pour traverser le plateau glaciaire à 3100m sous les séracs. vers 11h nous prenons pied sur le névé Pellissier. En quelques glissades bien sympathique nous le descendons jusqu’au bout… c’est quand même plus agréable que la pierraille de la moraine! Nous découvrons sur le névé une ou deux crevasses de 6-7m de profondeur…

En bas du névé nous pouvons nous déssapper et se mettre dans une tenue confortable pour la suite de la descente. Bonne pause casse croûte. Les difficultés sont derrières nous, on savoure.

Mais au Pelvoux, la descente n’est jamais fini! Il faut encore avaler les 1000m qui nous séparent d’Ailefroide. Mes deux compagnons du jour ont de bonne guiboles de chamois et ne feront qu’une bouchée de cette descente et des fameuses vires d’Ailefroide. Vers 13h nous sommes rendus à la civilisation avec plein de belles images dans la tête. C’est aussi l’heure idéale pour un bon poulet frite au bistrot d’Ailefroide! Nickel.

Félicitations les gars pour cette belle ascension. C’était un régal de partager ça avec vous!

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