Mont-White au dessus des nuages

Mont-White au dessus des nuages

Après un premier Mont-Blanc parfait avec un créneau météo juste miraculeux, je retrouve une nouvelle bande à Tête Rousse, sans même passer par la vallée… Chloé, Cyrille, Pierre et Fred sont accompagnés par Charles un copain guide.

Mes compagnons ont choisi une option en 4 jours pour optimiser un peu l’acclimatation qui est souvent la clé de la réussite là haut… Pour ça ils passent d’abord 2 nuits à Tête Rousse avec une petite journée de préparation autour du refuge pour caler les détails techniques et cramponner un peu. En ce moment les conditions sont excellentes sur la montagne, le couloir du Goûter est tout en neige et fait beaucoup plus rêver qu’en pleine canicule, lorsque des pans de montagne s’abattent sur des alpinistes qui se débattent! Dans ces conditions le sinistre surnom de « couloir de la Mort » semble légèrement surfait!

Le suspens météo reste entier jusqu’à la dernière minute… pas toujours évident pour nous les guides de prendre une décision avec une météo aussi instable. Nous attendons le dernier bulletin après le repas du soir pour décider de l’heure de lever : si nous tentons le sommet ça sera 1h30, sinon ça sera 7h pour « juste » monter au refuge du Goûter. Pas tout à fait pareil!

Le nez dans nos petits smartphones nous essayons de lire entre les lignes des bulletins météo que nous avons… tout ne converge pas, mais une fenêtre semble quand même se dessiner, on tente, ça sera donc 1h30, tant pis pour la grasse mat’!

Après 2 jours passés à Tête Rousse, Chloé, Cyrille, Fred et Pierre ont un peu la bougeotte et l’idée de tenter le sommet demain les motive!

1h30 : je glisse un œil à moitié ouvert par la fenêtre du dortoir… le refuge est dans les nuages mais j’aperçois furtivement quelques étoiles. Ca sent bon!

Le couloir du Goûter est avalé à bon train… nous nous posons quelques minutes sur la terrasse de l’ancien refuge pour boire et manger. Un petit vent frais souffle et les nuages restent de la partie pour l’instant… Nous shuntons la pause au Goûter pour entamer la montée au col du Goûter. En chemin, nous croisons deux cordées parties du Goûter ce matin qui rebroussent chemin : trop froid, trop de vent… brrr, pas motivant ça!

Avant d’arriver au Col du Goûter, nous traversons un passage hostile : vent de face, visibilité nulle… le sommet ne semble pas gagné! Mais aujourd’hui, la montagne n’appartenait pas forcément aux plus matinaux! Vers le Col du Goûter le nuage se déchire de plus en plus et le sommet se dégage, le soleil nous réchauffe instantanément et le vent tombe d’un coup. OK on prend!

Pierre accuse un peu le coup lui qui s’est engagé au dernier moment dans ce projet sans véritable préparation (mais une solide constitution de base!)… l’altitude ne pardonne pas… nous partons tous les deux vers le Dôme du Goûter pendant que Charles continue vers le sommet avec Cyrille, Chloé et Fred.

Le spectacle est vraiment fantastique aujourd’hui. De grosses masses nuageuses venues d’Italie débordent sur le Col du Midi. Tacul et Maudit sont enveloppés dans la ouate mais le Mont-Blanc trône en plein ciel et l’arête des Bosses est parfaitement dégagée! Plutôt que de descendre tout de suite au refuge avec Pierre, nous prolongeons le plaisir là haut. On papote tout en rejoignant le sommet du Dôme du Goûter, bien plus qu’un lot de consolation aujourd’hui avec cette ambiance magique… la déception est très vite passée et Pierre savoure ces instants. Le sommet n’était-il finalement pas qu’un prétexte pour être là, pour se remplir de ces merveilles que la montagne nous offre?

Pour Chloé, Cyrille et Fred, le sommet sera atteint aujourd’hui! Nous nous retrouvons tous au refuge du Goûter pour y passer un bout d’après-midi et la nuit avant de redescendre vers la verdure et la civilisation!

Un petit assortiment de photos prises par notre barbu de photographe, la classe!

Couché Soleil Tete rousse

mont-blanc - brumes matinales

mont-blanc - cyrille le barbu photographe

mont-blanc - Nico dans le rôle du guide manouche

mont-blanc - Bande de givrés

mont-blanc - Pierre heureux!

mont-blanc - Aiguille du midi

mont-blanc - bon ok ça ne prouve rien!

mont-blanc - Chloé

mont-blanc - le sommet

mont-blanc - Charles

mont-blanc - summiters

mont-blanc - Fred

mont-blanc - glacier de Bionassay

mont-blanc - montée à Tête Rousse

Mont-Blanc 6 jours

Mont-Blanc 6 jours

Retour sur un « stage Mont-Blanc » original avec une joyeuse bande!

Original pourquoi? Et bien déjà car il se découpe en 2 sessions de 3 jours avec 3 jours de repos au milieu pour permettre à tous de concilier harmonieusement ce projet avec la vie familiale et professionnelle. Original aussi parce que pour la préparation nous optons pour un raid à ski de 3 jours vus les conditions d’enneigement encore très bonne cette année!

Jour 1 : Pré de Madame Carle – refuge du Glacier Blanc. Ecole de Neige

C’est un projet de longue date qui démarre aujourd’hui au Pré de madame Carle avec Aymeric, Stan, JB, Manu, Arno et François… Aymeric m’a contacté 9 mois plus tôt pour planifier ça! J’avoue que je suis peu habitué à me projeter aussi loin en avant dans le temps… mais les agendas compliqués de ces 6 copains cumulant tout de même la bagatelle 19 enfants imposait cette planification.

Le grand rêve de la bande est de gravir le Mont-Blanc. Pour ça l’option que nous avons retenu se découpe en 2 temps. Une première session de 3 jours pour s’acclimater, se préparer techniquement, caler des petits détails et accessoirement faire connaissance! Suite à ça 3 jours de repos et nous repartons pour gravir le Mont-Blanc en 3 jours…

Au fil de nos échanges une autre idée est venu s’insérer dans le projet, et vue les quantités de neige elle est plutôt bienvenue… toute la bande pratique le ski : pourquoi ne pas faire la préparation à ski de rando? Outre le fait que ce moyen de locomotion est particulièrement recommandé en montagne par les temps qui court c’est une belle occasion de découvrir l’activité et d’élargir les horizons!

C’est donc équipés de tout l’attirail du parfait randonneur-glisseur que nous quittons le Pré ce matin.

Raid ski Ecrins - Au départ

Un premier portage de 350m et nous chaussons les skis. La météo est changeante, quelques gouttes farceuses nous font sortir la Gore-Tex mais rien de grave, on échappe à la saucée… passage clé de la montée : le couloir sous le refuge, avec au programme une belle initiation à l’art de la conversion!

Raid ski Ecrins - Sous le Refuge du Glacier Blanc

Après une halte au refuge où nous résistons en bloc a l’appel de la bière nous repartons pour une petite école de neige derrière le refuge… le temps de faire notre pause, une averse coquine a fait rentrer tous les alpinistes! Et nous nous profitons de belles éclaircies… quel timing! Derrière le refuge nous trouvons quelques pentes raides pour nous adonner à quelques glissades et cramponneries en tout genre.

Raid ski Ecrins - Ecole de neige

Raid ski Ecrins - Ecole de neige - Stan

Raid ski Ecrins - Ecole de neige - JB

Au bout d’une heure de cabrioles, fin des hostilités! On sonne le repli vers le refuge et la récompense houblonneuse du jour, en terrasse s’il vous plait!

Raid ski Ecrins - Récompense

Jour 2 : Bosse entre le Pic d’Arsine et le Pic du Glacier Blanc

5 h du mat. La grasse mat’! Aujourd’hui on prend la direction du Pic d’Arsine. Petite série de conversion matinale pour s’étirer puis on peut se mettre en pilote automatique. A voir les piétons brasser dans la semoule on ne regrette pas notre moyen de locomotion, à la montée du moins!! Le petit créneau matinal nous offre une belle vue sur les alentours et le glacier…le Pic d’Arsine pour nous autre skieurs a mauvaise mine, nous lui préférons la bosse voisine vers le Pic du Glacier Blanc.

Raid ski Ecrins - En rang

Raid ski Ecrins - Devant la Barre des Ecrins

Raid ski Ecrins - Devant le pelvoux

Raid ski Ecrins - Sommet de la bosse

Nous sommes heureux d’avoir des skis mais pour une première la bande n’est pas gâtée!! Descente « sportive » dans une neige hmmm… comment dire… peu flatteuse! De ces neiges qui te font te demander si ce n’est pas la première fois que tu chausses des skis… Enfin bon, ça glisse et c’est déjà pas mal!!

Raid ski Ecrins - Yihhah

Notre journée se termine par une bonne session farniente au refuge des Ecrins, ponctuée par un sympathique spectacle son et lumière faisant trembler toute la montagne. Brrr, ambiance!

Ce soir au dodo tôt! Pas de programme fixé, c’est le ciel qui nous guidera!! Et accessoirement moi aussi un petit peu!

Jour 3 : descente refuge du Glacier Blanc et ski vers le Col de Monetier

4h30… on ampute progressivement nos nuits de sommeil… ça aussi c’est l’acclimatation Mont-Blanc! Dehors les montagnes au dessus de 3400m sont invisibles, il a neigé 10cm sur une espèce de mille-feuille destructuré peu ragoûtant… le plan du jour sera donc de skier plus bas, là où la neige a déjà vécu de nombreux cycles de gel degel et une totale humidification… de la bonne neige de névé quoi! Descente tranquille jusqu’au refuge du glacier Blanc, on savoure de se laisser glisser en quelques minutes, là où à pied un bon brassage nous aurait attendu. Du refuge nous remontons jusqu’à 3100m sous le col de Monetier.

La descente est bien meilleure que la veille sur cette neige de névé soupeuse à souhait… l’occasion pour tout le monde de renouer avec le skieur qui est en lui! Courte halte au refuge et on encape vers la vallée… vive le ski!

Raid ski Ecrins - Refuge du Glacier Blanc

Raid ski Ecrins - Ski de névé

Raid ski Ecrins - Sous le col de Monetier

Encore un peu de portage et nous voilà de retour au Pré bien content de s’être faufilés à travers ce créneau pas gagné d’avance sur le papier… une première à ski de rando… et une préparation  »en douceur » avant notre virée du week-end prochain sur la plus haute bosse d’Europe.

Jour 4 : montée au refuge de Tête Rousse

Après une courte semaine de boulot vite passée, la tête encore à moitié dans les nuages, toute la troupe se retrouve au parking de Bionassay avec en plus Vince et JB, deux dictateurs de haute montagne venus m’aider à driver l’équipe vers là haut… point de telepherique ni de tramway qui tienne en ce début de saison. Un ptit coup de taxi 4x4 nous propulse jusqu’à l’arrivée du téléphérique. Pour cette première journée de marche l »objectif est de monter en se fatiguant le moins possible jusqu’à Tête Rousse où nous dormons. On arrive en début d’aprem, de quoi profiter du soleil et lézarder tranquillement, laisser le temps s’étirer avant la grosse journée de demain.

Renseignement pris, ceux qui font la pluie et le beau temps ont décidé de nous ouvrir une très large fenêtre le lendemain. De quoi largement s’y glisser à 9!

Jour 5 : Refuge de Tête Rousse – Sommet Mont-Blanc – Refuge du Goûter

1h30. Ca pique les yeux quand même. Sauf pour ceux qui dormait pas! Démarrage hésitant dans la nuit : crampons qui foirent, thème du jour. Il en faudra plus pour nous barrer la route!! Les conditions sur la montagne sont parfaites. Le couloir du Goûter tout en neige ne ressemble en rien à l’infâme tas de pu qu’il va devenir d’ici peu de temps… à la place, du mixte intéressant que l’on remonte tout en crampons, enfin quand ils tiennent!!

Mont-Blanc - La cordée Stan et Manu dans le couloir

Sortie du couloir juste pour le levé du soleil, des instants magiques. On s’autorise une pause de quelques minutes au Goûter avant de poursuivre…

Mont-Blanc - Magique

Mont-Blanc - Stan et Manu

Mont-Blanc - Proche du refuge

Changement d’ambiance par rapport au couloir, l’espace s’élargit, on peut se mettre dans un rythme et laisser les pensées divaguer. Je suis encordé avec Aymeric et JB et nous avançons régulièrement. Les conditions météo sont idylliques, pas de vent, des températures très clémente et l’horizon dégagé à 360 degrés. La journée inespérée, en tous cas la première du genre depuis bien longtemps!! On profite de la vue qui s’ouvre au fur et à mesure…

Refuge Vallot. Tout va bien, on attaque la chevauchée du chameau à 4 bosses. Nous continuons sur notre rythme métronomique qui ne fléchira presque pas jusqu’au bout… et puis arrive ce qui devait arriver, la dernière bosse qui s’étire puis plus rien au dessus. Le sommet sans foule, ni vent!

Mont-Blanc - Stan, Manu et JB au sommet

Mont-Blanc - Aymeric et Jb au sommet

Mont-Blanc - Aymeric et Jb au sommet

On attaque la descente qui est en super conditions (où sont nos skis!!!). Sur le chemin on croise les copains qui sont vers la 2ème bosse. Certains entame un beau combat contre eux même pour aller chercher ce rêve. Chapeau messieurs! C’est facile pour personne mais certains ont du mobiliser des ressources lointaines! Grande satisfaction : tout le monde ira au sommet aujourd’hui et sera à l’heure pour l’apéro! Quelle équipe!

La soirée de fiesta se prolonge au moins jusqu’à … 19h30 avant une horizontalisation collective!

Jour 6

7h… Que c’est bon de l’avoir derrière soi ce Mont-Blanc! On ne se sent plus concerné par tout ça et on a presque de la peine pour ceux qui montent aujourd’hui! Enfin pour nous c’est pas tout à fait fini, il faut bien remobiliser notre attention pendant 2 petites heures pour descendre le couloir du Goûter. Arrivée au refuge de Tête Rousse, on retrouve un chaleureux soleil matinal. C’est bon on peut commencer à se détendre. Avec la neige jusqu’au Nid d’Aigle, la descente est presque une partie de plaisir!

Bravo à tous pour cette belle aventure. Je suis heureux que le rêve se soit concrétisé pour tout le monde!! Merci d’avoir abordé ce projet avec un esprit « large » et de m’avoir donné la liberté d’organiser tout ça à la sauce Draperi! A une prochaine sur les skis ou sur les crampons!!

Innominata

Innominata

Sans même prendre le temps d’une petite bière, j’abandonne mon équipe de Tourangeau à Courmayeur où m’attend Frank…

Après le calme du Grand Paradis, direction la solitude de l’Envers du Mont-Blanc et ses mensurations himalayennes. Frank n’est pas revanchard, mais ce versant qui part deux fois l’a refusé commence à l’énerver! Pour ma part c’est la découverte totale du coin… Un coin peuplé d’itinéraires de grande envergure, de monuments alpins et d’histoires mythiques… Pour nous ce sera l’Innominata.

Les difficultés commencent bien plus tôt que prévu, pour traverser la Doire. Non pas qu’il n’y ait pas de pont, mais qu’un ouvrier trop consciencieux et un chouya pschychorigide refuse de nous laisser traverser, sous prétexte que si nous nous blessons il perd son travail… Pourtant le pont est bien là et la barrière à enjamber nous paraît un bien maigre obstacle comparé aux 3500m de versant qui se développe au dessus de nos têtes! Finalement un p’tit coup de forcing et nous voilà acquitté du détour de 2km…

Première nuit à Monzino dans le confortable refuge d’hiver rien que pour nous… Nous arrivons une petite demi-heure avant l’orage. Nickel!

Mont-Blanc - Inominata - Monzino et la suite

A ce stade, nous sommes confiants pour la suite, même si les questions se bousculent dans nos têtes : l’acclimatation? Le regel? Les corniches? Les orages? De quoi alimenter de doux rêves!!

Le lendemain, pour monter au bivouac Eccles, on opte pour un départ matinal pensant brasser un peu. Bordé de nouilles sera notre postérieur! La première partie du glacier brasse mais une trace récente nous économise bien de la peine! A partir de 3400m, le regel est aldentissimo et on évolue facilement dans la grâce et l’élégance, accompagné par le doux crissement du crampons sur cette neige parfaite… On ne s’y attendait pas vraiment! Mont-Blanc - Inominata - Glacier du BrouillardMont-Blanc - Inominata - Glacier du Brouillard

Les piliers rouges du Brouillard… Attirants! Nous croiserons une cordée d’italiens (un guide et son fils) qui après s’être pris l’orage dans les rappels du pilier Rouge décident d’aller essorer leurs chaussures dans la vallée au lieu de sortir le lendemain au Mont-Blanc.

Pleine solitude pour nous donc!

Mont-Blanc - Inominata - Piliers rouges du Brouillard

Devant la Punta Innominata

Mont-Blanc - Inominata - Devant la Punta inominataMont-Blanc - Inominata - Conditions parfaites

Dans les pentes d’accès à Eccles. Pour nous ça sera le nouveau bivouac, plus confortable que l’ancien, même si le matin ça nous oblige à redescendre.

Mont-Blanc - Inominata - Montée au bivouacMont-Blanc - Inominata - Montée au bivouac

Petit repérage pour le lendemain.

Mont-Blanc - Inominata - Vue sur l'itinéraire

Et on s’échoue dans notre petit nichoir. Il est 9h, on va pouvoir en profiter!! La journée sera consacrée au repos, à la production d’eau liquide, à la contemplation et à quelques discussions métaphysico-mystico-joviales! Plus prêt des cieux, privé d’oxygène, les cerveaux divaguent!

Mont-Blanc - Inominata - Bivouac Eccles

Notre stratégie pour le lendemain est de partir tôt. Des orages sont annoncés, on veut se garder de la marge d’autant qu’on ne sait pas si on va brasser ou pas! Le réveil est mis à minuit. J’ai mal rien qu’en regardant l’heure!

Minuit : réveil en sursaut pour tous les 2! Quelques secondes pour comprendre où on est et ce qu’on fait là! La nuit déjà très courte fut agitée… On pressent qu’il nous manque quelques globules pour être parfaitement à l’aise! Il y a 3 semaines Frank gambadait à 5000m au Népal, mais 3 semaines c’est justement la durée de vie des globules! Aura-t-il un sursis? Pour ma part, mon acclimatation s’est faite les 3 jours précédents, pas idéal.

1h du mat’, je fixe le brin de 50m qui permet à Frank d’atteindre l’ancien bivouac en un rappel et je le rejoins en mixant rappel et désescalade. La neige n’a pas regelé cette nuit, les orages ont un peu traîné dans la soirée. En même temps il est encore tôt et nous ne désespérons pas pour le regel! Petit brassage donc pour atteindre le col Eccles. Des zones parfaites (neige avec glace pour protéger en dessous) et des zones ignobles. J’aime bien la croûte sur la polenta mais quand c’est dans mon assiette pas sous mes pieds!

Nous aurons droit régulièrement dans la journée à des sessions polenta plutôt courtes quand même au regard de l’itinéraire mais bien éprouvantes!

Du col Eccles, une section mixte facile nous mène au pied du crux, une longueur de 40m comprenant un court passage de Vsup athlétique. Pas dur techniquement mais pêchu le pas! Encore un peu de IV+ dans les 2 longueurs suivantes puis on part à corde tendue en direction du grand couloir non sans quelques sessions polenta et autres samivéleries cornichiennes.

Au petit jour, nous sommes dans le Grand Couloir où les conditions sont excellentes. Bon fumage de mollets quand même!

Mont-Blanc - Inominata - Grand couloir

On traverse en direction d’une rampe qui s’avérera 100m plus bas que la bonne. Petite erreur d’aiguillage qui nous coûtera un peu de temps mais une variante sympa avec un ou deux passages de IV+. De temps en temps on lève quand même la tête pour profiter du lieu…

Mont-Blanc - Enfin des bonnes conditions Mont-Blanc - Bella Mont-Blanc - Les sommets suisses emmergentMont-Blanc - Les sommets suisses emmergent Mont-Blanc - Profiter d'être là

Pour rejoindre l’arête du Brouillard, on s’attend à une arête facile mais le profil n’est pas si débonnaire que ça!!

Mont-Blanc - Samivélesque!

Et puis toujours cette polenta qui s’invite de temps à autre…

La dernière pente (150m à 45-50°) verra l’explosion de nos mollets et nous permettra de faire un bilan très clair sur notre acclimatation : pas optimale, on ramasse un peu.

Mais au débouché sur l’arête du Brouillard, la vue sur le Mont-Blanc motive à bloc!

Mont-Blanc - Sur l'arête du Brouillard

On rame un peu quand même jusqu’au sommet mais sans stress, il fait beau, les difficultés sont derrière nous. Les orages nous ont épargnés et nous avons survécu aux corniches effilées et à la polenta… Alors oui, un poumon de plus ne serait pas de refus mais nous nous en sortirons avec les nôtres!

Mont-Blanc - Corniches sur l'arête sommitale

En tous cas pas de quoi gâcher la joie d’arriver là haut par un si bel itinéraire!

Il est 11h, nous sommes dans le rêve, qui se réalise et de belle manière! Bravo Frank!

Mont-Blanc - Inominata - Sommet

Nous savourerons tout ça un peu plus bas. Ici il fait un peu froid pour se poser et nos corps nous réclament de l’oxygène!

On file à bon pas vers le refuge du Goûter. Même si descendre n’efface pas la fatigue, on se sent progressivement revivre, comme un poisson retrouvant son bocal après un petit séjour à l’extérieur! Bonne pause au Goûter où on s’abandonnerait bien à une grasse sieste… On préfère continuer jusqu’à Tête Rousse. Les cumulus au dessus de notre tête sont encore gentils, on descend tranquillement. Arrivés à Tête Rousse, il nous faut prendre une décision. Il n’y a pas de train en ce moment et les options sont soit une descente intégrale à pied, soit un onéreux taxi à Bellevue, soit une nuit à Tête Rousse.

Devant une bonne tarte, nous optons pour une séparation avec Frank. Lui restera à Tête Rousse pour descendre demain quant à moi je me lance dans les 2000m de déniv’ qui me sépare de la vallée. Arrivée aux Houches et pris en stop quelques minutes avant un spectaculaire orage! Un peu plus tard, sur la route du retour vers les Ecrins, je serai contraint de m’arrêter pour laisser passer un orage. Parti pour une courte sieste, je me réveille seulement 9h plus tard après un sommeil quasi comatique!

Au final une belle traversée sud-nord du Mont-Blanc sans moyen mécanique! Un créneau météo quasiment top. Des conditions de neige globalement bonnes malgré la polenta… Des alpinistes un peu acclimatés mais pas trop!

Et un compagnon avec qui j’ai grand plaisir à partir en montagne! Merci pour ta confiance Frank.

Et un Blanc s’il vous plait!

Et un Blanc s’il vous plait!

Un Mont-Blanc qui déroule avec Yann et Gaëlle!

Après une première session dans les Ecrins un mois plus tôt, on se retrouve pour gravir la grosse bosse blanche en 3 jours. Première nuit à Tête Rousse. Le deuxième jour, on a le créneau idyllique avec la tempête de ciel bleu et le festival de température clémente sans vent… Alors zou, on pousse ce jour jusqu’au sommet et demain après la nuit au Goûter, on aura plus qu’à redescendre!

Gaëlle maintient le suspens sur son état au dessus de Vallot mais finalement tout rentre dans l’ordre et grâce à la bonne énergie de la cordée on peut tous profiter du sommet ensemble!! Une fois n’est pas coutume on peut vraiment se poser là haut. Le panard!

Nuit au Goûter et descente tôt, à l’heure où les pierres ne tombent pas dans le couloir! Grâce à la neige encore bien présente, on économise les genoux et le retour au Nid d’Aigle passe tout seul.

Mont-Blanc par les Aiguilles Grises

Mont-Blanc par les Aiguilles Grises

Si vous cherchez une façon originale de gravir le Mont-Blanc tout en restant dans le techniquement abordable c’est la voie des Aiguilles Grises qu’il vous faut! Faut juste être un peu en forme car l’étape du 2ème jour est longue (1800m) de dénivelé entièrement au dessus de 3000m.

Avec Tom, Edern, Aurélien et Raf on se lance donc dans cette belle aventure à deux cordées sur ce versant himalayesque du Mont-Blanc. La remontée du Glacier de Miage est rendue agréable par la présence de beaux névés… Les yeux ne quittent pas l’Envers du Mont-Blanc defendu par d’imposants piliers et des glaciers monstrueux!! Tout parait surdimensionné dans ce versant… La montée à Gonella sans être laborieuse est déjà une bonne journée de mise en jambe avec ses 1500m et quelques passages sur câbles et échelles. Gonella est un refuge tout neuf… Une belle réussite il faut dire. On s’y sent pas trop mal! Et quelle vue!

Le gros défaut de l’attaque par ce côté c’est l’heure du réveil : minuit! Aïe ça fait mal ça! Les yeux piquent devant notre petit déjeuner à base de biscottes (!). Faut vite partir pour ne pas céder à l’appel du lit… Une traversée à flanc de pente permet de rejoindre le glacier. Les conditions du glacier sont très bonnes cette année et le regel impeccable. Une courte section sur quelques ponts de neige nous laisse entrevoir ce que peut réserver  ce glacier les années moins enneigée. Finalement, l’essentiel de la montée se fait de nuit et ça passe plutôt bien. Le piton des Italiens est vite atteint. Une courte section très effilée sur l’arête puis on rejoint la croupe accueillant du Dôme du Goûter. L’équipe tourne au poil, l’acclimatation y est pour quelque chose… On rejoint le col du Goûter en même temps que les premières cordées arrivant du Goûter.

C’est là qu’il faut pas se décourager! L’arête des Bosses est encore longue et l’échappatoire commode vers le Goûter nous tend les bras… Mais toute la bande est gonflée à bloc et on vole jusqu’au sommet en quelques enjambées!! C’est pas les grosses chaleurs là haut mais on profite quand même bien…

Stage Mont-Blanc et summit!

Stage Mont-Blanc et summit!

Après une intense semaine de préparation avec Simon qui mène d’une main de fer le groupe, Tibo, Freddy, Kilian et Merwan sont fin prêt pour s’attaquer à la grosse bosse blanche tant convoitée. Je retrouve une partie du groupe à Tête Rousse de bonne heure histoire de franchir le couloir de la Mort (brrrr) de bonne heure. Un bel endroit qui ne fait pas trop rêver. Un genre de roulette russe à la française. Quand même nettement plus fréquentable le matin surtout quand il y a encore de la neige. Simon lui fait des aller retours dans le couloir du Goûter pour travailler les mouv’. Quel sens du travail bien fait!! Je reste avec Tibo pour quelques mises au point visuelles sur le paysage (c’est pas du vide, c’est du paysage!!).

Il est encore tôt dans la journée quand tout le monde se retrouve niché dans le flambant neuf refuge du Goûter… Je fais connaissance avec le reste du groupe. L’ambiance n’est pas triste et tout le monde a l’air en grande forme! Ca fait plaisir! Après une grosse ventrée de pattes on va regarder un peu nos paupières pendant une heure ou deux. La rude vie de l’alpiniste….

samedi… 2h… ça pique les yeux! Aujourd’hui c’est le sommet! Et ça déroule pour tout le monde… C’est bon l’acclimatation! Tout juste un petit mal de casque par ci par là mais rien d’alarmant, on monte à bon rythme. Le vent nous attrape un peu sur la première bosse, les doigts picottent, les orteils font pas trop les malins dans les grosses… Mais tout ça n’entâche pas un instant la motivation du groupe et le sommet finit par arriver (à moins que ce ne soit nous qui arrivions au sommet). Ca caille là haut mais c’est fantastique dans les lueurs matinales. On passe un gros quart d’heure à savourer ce rêve rondement réalisé pour tous nos compagnons….

Mont Blanc – Voie normale

Mont Blanc – Voie normale

C’est avec une bien sympathique troupe de 6 Bordelais et 3 guides que nous prenons aujourd’hui le chemin du Mont Blanc. Les jours précédents, de grandes quantité de neige se sont déposées jusqu’à basse altitude et les prétendants de la veille ont du vraiment s’amuser pour faire la trace qui nous profite bien!

A cause des travaux sur le tramway du Mont Blanc, les moyens mécaniques ne nous transportent pas au dessus de Bellevue soit 600m plus bas qu’en temps « normal », lorsque le TMB va jusqu’au Nid d’Aigle. Du coup, la première étape jusqu’au refuge du Goûter s’arrache au prix de 2000m de déniv’! Une belle mise en jambe qui laisse des traces pour le lendemain! Vers 17h, nous sommes tous autour du Goûter réuni devant un bon apéro. Pour demain, la météo est au beau fixe mais le vent souffle pas mal. Une accalmie serait la bienvenue…

… 1h45 : branle bas de combat au refuge du Goûter. Après une petite nuit mais un bon petit dej’, on se lance vers 3h sur l’arête du Goûter. Le vent a légèrement forci durant la nuit. Certaines bourrasques nous chahutent pas mal et soulève la neige qui nous fouettent le visage et les yeux. Sympa l’ambiance!

Dans la bande, une première cordée fait demi-tour dans la montée vers le Dôme du Goûter. Encordé avec Lionel et Benoit, tout va pas mal. Nous avançons à bon rythme, rattrapant quelques cordées. Peu avant Vallot, on reprend de plein fouet le vent duquel nous étions un peu abrités sous le Dôme du Goûter. L’ambiance se rafraîchit nettement! Nous nous posons quelques minutes à Vallot, à l’abri du vent… Il est 5h15, nous avons bien avancé. Mais le vent m’inquiète un peu. Outre le froid, il faut penser à notre sécurité sur l’arête des Bosses. Je décide de poursuivre jusqu’à la première Bosse et d’aviser là haut. Dans la montée à cette première Bosse, nous sommes très exposés au vent. Au bout de 10 minutes de marche j’échange un regard avec Benoit et Lionel et la décision est vite prise. Le plaisir n’est plus là! Il est hors de question de risquer une gelure pour un sommet fusse-t-il le Mont-Blanc!

Dans les rangs c’est la déception d’autant plus que tout le monde se sentait l’énergie de le faire. Mais très vite ce renoncement est accepté avec philosophie et l’on savoure pleinement ces instants magiques dans la lueur matinale… Nous rejoignons le reste de la troupe au refuge du Goûter.

La descente du Couloir du Goûter mobilisera encore toute notre attention… Sous Tête Rousse, l’ambiance se détend carrément! Nous descendons les névés sur les fesses, chacun avec son style, l’occasion d’un bon moment de rigolade….

Merci à tous pour ces moments sympathiques passés en votre compagnie. pas de sommet certes mais l’essentiel n’est pas forcément là!

Mont Blanc par les Trois Monts

Mont Blanc par les Trois Monts

Fin de notre périple. Préparés techniquement, acclimatés, entrainés aux nuits les plus extrêmes en refuge mes deux guerriers trépignent d’impatience! Nous joignons samedi le refuge des Cosmiques par la très aérienne arête de l’Aiguille du Midi où les deux compères feront encore preuve d’un mental à tout épreuve! Etonnament, le refuge est « relativement » désert… Demain nous sommes trente prétendants au sommet. La plupart se lèvent à 1h…. Nous optons de notre côté pour une bonne grasse matinée avec un levé à 3h. Epaule du Tacul, Rimaye du Maudit, mes deux challengers avalent les difficultés sans broncher! A 9h30, malgré une crevaison dans le mur de Côte, c’est l’apothéose, nous foulons le dôme sommital du Mont Blanc dans une tempête de ciel bleu.

Récit de Denis

Le samedi matin, je me lève serein. Nous avons dormi chez mes parents, dans la vallée de l’Arve, à 50 km de Chamonix. C’est ma première bonne nuit depuis 3 jours… Le coup de téléphone de Nico vient briser le charme : « C’est tout bon Denis. Préparez vos sacs. On monte au Cosmiques cet après-midi. On va tenter l’ascension cette nuit. Rendez-vous 14h au Montenvers».

Nous sommes presque pris de court. « Je m’étais fait à l’idée d’une journée off, se lamente Ludo. Dis, c’est vraiment dur cette arête à l’Aiguille du Midi ? » Je lève les yeux au ciel. Je suis dans la même galère… Nico nous retrouve au parking du Montenvers, tous les deux tendus comme des arbalètes !

16h30, nous arrivons en haut de l’Aiguille (3842m) par le téléphérique. C’est l’heure des braves! Guidé par les consignes de Nico placé derrière nous, je m’élance en tête, pas après pas sur le passage tant redouté. Curieusement, je ne tremble pas. Je suis concentré à l‘extrême. Mes gestes sont sûrs, calculés, mesurés. J’essaie de me raisonner : « Imagines que tu marches sur un sentier étroit dans la forêt. Tu ne vas pas tomber ? Et bien là, c’est pareil. Allez, gentiment Denis, un pas devant l’autre, sans se brusquer. Voilà ». Derrière, Ludo se polarise sur mes 2 chaussures et fait les mêmes pas, sans regarder le vide. Il pense que j’assure comme un chamois. En fait, je n’en mène vraiment pas large. Pour la 2ème fois depuis la Roche Faurio, je lutte vraiment contre ma peur. Pendant ce temps là, Nico nous lance quelques encouragements et sifflote pour détendre l’atmosphère… Après 2-3 minutes de tension, nous pouvons enfin souffler sur une plate forme plus large. Ouf, l’arête est passée, on se détend ! Le refuge des Cosmiques est situé à quelques pas (3613m). Nous pensons que le plus dur est fait. Heureux les simples d’esprit ! Il nous reste quand même 1500m de dénivelé et quelques km pour fouler le toit de l’Europe !

L’accueil au refuge des Cosmiques nous fait regretter notre Jeannot des Ecrins. On s’y était fait à notre petite messe du soir. Ici, nos hôtes semblent assez indifférents à notre devenir d’alpiniste. Par contre, le bâtiment peut être classé dans la catégorie 3 ***. Les dortoirs sont spacieux, le local matos est chauffé et éclairé et il y a même des toilettes et des urinoirs avec eau courante. Que de luxe !

Tout doucement, la tension du lendemain monte… Nous passons notre temps à rigoler. Ici pas un bouquin sur la montagne, étonnant mais en fouinant, je trouve un livre sur le « Mont-Saxonnez », mythe de mon enfance. C’est un village situé sur les hauteurs de la basse vallée de l’Arve prêt duquel j’ai grandi. Ce gros bouquin avec des milliers de photos est une bible. Tout y est. L’auteur est même allé jusqu’à photographier tous les habitants du bourg et des hameaux pour être certain de la vendre. Sur les photos, je vais chercher longtemps sans la trouver « la Marie-Cécile Gros-Gaudenier », championne de ski oubliée de tous, réputée dans les années 80 pour ses descentes rapides, sa petite taille et ses grosses cuisses. Les 2 autres tentent de repérer des jolies filles sur les clichés. Peine perdue, il n’y en a pas en Haute-Savoie ! Ou alors, elles sont tellement mal habillées qu’elles se perdent dans le paysage.

Toutes les pages du beau livre me rappellent mon enfance en Haute-Savoie. La chasse, la pêche, la tradition… Nous parlons aussi politique, culture, gastronomie, société, sport. Le détail de nos conversations restera secret mais d’un grand niveau intellectuel surtout à cette altitude…

Dehors, le brouillard s’est installé et nous ne verrons pas « le splendide coucher de soleil depuis le Refuge des Cosmiques » vanté dans tous les guides. Pire, il neige. Tout cela est inquiétant pour demain. Notre voie envisagée dite des 3 Monts (Mont Blanc du Tacul, Mont Maudit, Mont Blanc) a été tracée aujourd’hui en partie pour la première fois depuis 15 jours. 30 personnes ont le même objectif que nous pour demain. Nico semble réfléchir à la meilleure tactique pour réussir le sommet. « Bon les gars, à mon avis c’est pas la peine de partir à 1h du mat’ avec tout le monde. On est acclimatés, au lieu de prendre le petit déj à une heure, nous allons faire la grasse mat’ jusqu’à 3 heures. On sera plus cool au départ et on profitera de la trace. ». Ouaah, quel plan diabolique ! Trop fort notre guide !

La nuit sera de toute façon très courte. Entre la pression qui monte, l’altitude et les ronflements, il est impossible de bien dormir dans un refuge. C’est comme la dernière nuit d’un condamné à mort. Il y a toutes sortes d’images négatives qui viennent se bousculer dans nos cerveaux. J’essaie de me relaxer en m’essayant à la sophrologie: « Allez Denis, ne pense plus à rien. Ton corps pèse une tonne et s’enfonce dans le matelas. Tu es lourd et ton cerveau est léger. Tu peux te… « Hey Denis, réveille toi, c’est l’heure. Il est 2h45 »

C’est l’heure des braves. Nous parlons peu, tendus vers l’objectif. En 40min, nous sommes dehors, sous les étoiles. Il ne neige plus et la nuit est magnifique. En levant la tête, nous voyons tout en haut de l’épaule du Mont Blanc du Tacul (4028m), les premières cordées parties 2 heures avant nous. Les lampes frontales se mélangent avec la voie lactée. Tout semble irréel, comme en apesanteur. « Regardez les gars, les premières cordées passent l’épaule du Tacul. Le temps est avec nous. Je crois qu’on peut enlever une couche, il fait doux. Allez en route, on essaye de se caler au bon rythme » commande Nico.

En haute montagne, le rythme est important. Ne pas donner donner d’à-coups, avancer régulièrement sans être asphyxié, faire les pauses aux bons endroits et au bon moment…. Tout ça permet de bien gérer son effort. L’idéal en arrivant pas trop tard au sommet est de profiter des meilleures conditions de neige à la descente, avant que tout ça ne chauffe trop. Je demande à Nico à quel heure nous serons au sommet : « Quand tout roule bien avec des gars acclimatés, on compte environ 2h par sommet. Nous pouvons être au Mont Blanc à 9h30. Avec des artistes comme vous je me fais pas trop de souci!»

Après 15 minutes de marche facile en direction du col du Midi (3532m), je trouve son optimisme un peu exagéré : alors que nous abordons les premières pentes du Tacul, une guide chamoniarde toute blonde et ses deux clients germaniques nous déposent sur place. Nous nous écartons de la trace pour mieux les laisser passer. Quels athlètes ! Quelle rapidité ! La bourrasque d’air qu’iles déplacent manquent de nous renverser ! Voilà qui nous remet à notre place.

Hors, cinq minutes plus tard, nous les rattrapons sans changer d’allure, du célèbre pas du montagnard, régulier comme de l’horlogerie suisse. Les deux germains sont asphixiés, suants et les yeux exorbités par cette accélération bien matinale. Nous ne les reverrons pas : « Etrange tactique! nous concède Nico plus tard ».

Dans les premiers 100m, Nico nous fait part de son analyse sur les conditions de neige. « La neige porte bien, pas d’accumulations, c’est bon pour nous ça, on continue! »

La pente est soutenue. Pour moi, la forme est là. Plusieurs fois, je me fais cette réflexion : « Putain, c’est dingue. J’ai l’impression de ne faire aucun effort. Mes jambes pèsent une plume et je n’ai aucun problème pour respirer à cette altitude. C’est bon ça, je dois être acclimaté! » Mais je n’en dis rien à mes collègues devant. Je crains que cela me porte la poisse. Superstition quand tu nous tiens.

Nous ne parlons quasiment pas. Chacun est dans son monde. De toute façon, il faudrait crier pour dire quelque chose aux camarades. Comme nous cheminons sur un glacier, il y a de nombreuses crevasses heureusement bien bouchées par la neige, du coup, nous sommes encordés pour la sécurité à environ 10 mètres les uns des autres.

Un peu avant l’Epaule du Tacul, sur un pont de neige et sous un sérac, des alpinistes ont dressé leur tente pour un bivouac joueur à 4100 m d’altitude. Drôle d’endroit pour faire du camping. « Hello ! » nous lance un gars qui sort de la tente. Il y en a qui ne tiennent pas à la vie…. « Heureusement la plupart du temps la montagne est clémente » commente Nico.

L’épaule du Tacul est atteinte en 1h30. Courte pause. Les premières lueurs du jour embrasent le ciel à l’est. Je me retourne et je perçois encore dans la pénombre en contrebas les lueurs de Chamonix. Nous croisons sans dire mot une cordée qui descend. Qui sont-ils ? Pourquoi abandonnent-ils ? Nous ne le saurons pas.

« Et d’un ! » me dis-je intérieurement en grimpant les derniers mètres du Tacul. De l’autre côté, nous apercevons le Mont Maudit (4465m), notre prochain objectif. Les premières cordées passent la rimaye du Maudit, d’autres sont dans les pentes en dessous et semble littéralement scotchées sur la pente.

Vers 6h00, les premières lueurs du jour nous sortent de la torpeur. Le spectacle est magnifique. C’est un vrai festival de couleurs du bleu au rose, qui colore la neige. Les premiers rayons du soleil, d’une froide tiédeur nous lèchent le visage dans chaque lacet du Maudit. Quel ravissant spectacle pour les yeux! Dans la vallée de Chamonix, 3400m plus bas, il y a du brouillard. « Encore une mauvaise journée en montagne » doivent se dire les touristes en levant les yeux. Encore une fois, nous avons de la chance avec la météo. Pas le moindre nuage à l’horizon!

«Regardez là bas, c’est le Mont Rose et le Cervin en Suisse. » nous montre du bout de son piolet Nicolas. « Ouais bof, je lui réponds, jette plutôt un coup d’œil de l’autre côté, il y a les Aravis, le Jalouvre, Mont Saxonnez et sa majesté Môle ». Ces montagnes sont inconnues mais elles ont rythmé mon enfance dans la vallée de l’Arve. Ce sont des sommets modestes de 2000m à 2500m, des géants quand j’étais petit, des nains vus d’ici. Nous rencontrons deux autres cordées qui rebroussent chemin. « Nous avons le mal des montagnes » nous apprennent ces italiens rencontrés hier au Cosmiques.

Au bout d’une heure trente sans difficulté, nous atteignons enfin le passage délicat du Maudit. Sur 100 m, la pente se dresse jusqu’à 50° degrés. Il faut l’attaquer de face, planter le piolet dans la neige sans faiblir et enfoncer les crampons par les pointes de devant. Nous sommes presque à la verticale, debout sur nos jambes. J’entends parler de ce passage depuis une bonne décennie. Stéphane, mon petit frère, est passé par là et m’a souvent fait peur avec cet endroit. Aujourd’hui, les conditions sont vraiment bonnes : la pente est entièrement en neige, une neige qui porte bien et il n’y a pas de glace qui affleure. Étonnamment, je ne tremble pas. Au contraire, j’adore cet effort où il faut être concentré à l’extrême. Il y a 1000m de vide au dessous. Je crois bien que je suis fait pour ce genre d’effort.

« Et de deux ». Arrivés en haut, nous doublons un groupe de 10 russes. Droit devant nous, enfin, le Mont Blanc. Il paraît si proche vue d’ici mais, vue l’altitude, il nous reste le plus dur à parcourir. Nous descendons vers le col de la Brenva (4303m) avant d’attaquer le redoutable Mur de la Côte ou les prétendants au Mont Blanc payent cash les efforts consentis dans les bosses précédentes et le manque d’acclimatation. Que de larmes ont du être versées dans ces 500 derniers mètres ! En jetant un oeil sur le Mont Blanc, il n’y a aucune trace qui arrive au sommet. Trois cordées partis ce matin au premier réveil sont juste devant nous en train de lutter dans le Mur de Côte. Les autres, sont derrières nous ou on renoncé. On va être tranquille là-haut. On parle souvent du Mont-Blanc comme d’une autoroute. De notre côté aujourd’hui c’est plutôt route de campagne. Certes, sur l’autre voie à droite, celle du Goûter, la plus courue, il semble y avoir un peu de monde. Mais cela reste raisonnable.

Dans le Mur de la Côte, mon Ludo donne quelques signes de fatigue. « Les gars, un peu moins vite, je commence à être sec. J’ai faim aussi » annonce t-il. Nous nous arrêtons plusieurs fois mais le rythme est toujours bon. Nous dépassons 3 autres cordées et il n’y a, désormais, plus personne devant nous. « Je savais bien que j’avais à faire à des challengers » dit Nico en rigolant pour encourager Ludo. Le Sétois est courageux mais son souffle est de plus en plus court. « C’est tout a fait normal, le rassure Nicolas, nous sommes quand même presque à 5000m. Allez plus que 200 m et nous sommes en haut. On y va tout doux ». Ces derniers mètres de dénivelé seront terribles!

Comme je suis placé dernier de cordée, derrière Ludo, je bute sans cesse sur ses pas moins rapides ou lorsqu’il s’arrête. Même si cela casse le rythme, j’apprécie de plus en plus les arrêts à chaque virage. A 100 m du sommet, je commence à avoir mal à la tête. Cela ne me quittera pas avant quatre bonnes heures !

9H40, « et de trois ! ». Nico filme notre arrivée en haut du toit de l’Europe. Nous sommes au ralenti sur les derniers mètres, tous nos pas semblent comptés et nous évoluons comme dans du coton. « A cette altitude, non acclimaté nous perdons 30% de nos capacités physiques et intellectuelles. A cause du manque d’oxygène, notre cerveau est mal irrigué, tout comme nos muscles ». A la réflexion, ce n’est pas désagréable. Rien ne semble réel. Il manque simplement des bouts de je ne sais quoi. C’est probablement cela qui explique la qualité déplorable de la vidéo enregistrée par l’appareil de Nico.

L’arrivée au sommet du Mont Blanc est un soulagement. C’est presque aussi un peu décevant. Tout est minuscule autour. D’ici, l’Aiguille du Midi ne ressemble pas à une aiguille mais à un aimable et petit rocher. Le Mont Blanc écrase tout et c’est finalement assez triste de voir… qu’il n’y a rien au dessus! Forcement, il n’y a pas de vue sur… le Mont Blanc et il n’y a plus de repères au loin si ce n’est une mer de nuages, à l’infini. Bon, je suis un peu rabat joie, cela reste très beau et unique!

Nous méritons une bonne halte sur le belvédère du sommet, assez large pour être totalement en sécurité. Nous cassons la croute et profitons du paysage malgré un petit vent de 20 km/h. Cela n’a l’air de rien, mais à cette altitude et même avec une température légèrement en dessous de zéro, nous nous refroidissons assez vite. J’ai déjà atteint les 4810 m en 2004 lors d’un reportage télé et j’avais ressenti la même envie de repartir rapidement. Les hélicoptères de touristes tournoient au dessus de notre tête en nous faisant coucou ce qui a le don d’énerver Nico, notre bon samaritain. Triste spectacle typiquement Chamoniard. C’est vrai, y’a plus de respect ma pauvre dame. Nous sommes des summiters nom de nom, pas des singes à qui on balance des cacahouètes !

Au sommet, Nico nous expose les deux options que nous avons pour descendre. Soit demi-tour et redescente par la même voie, soit on redescend par la voie normale ce qui nous permet de faire une jolie boucle. Il nous prévient que cette option est quand même plus longue que l’aller retour et qu’il va falloir passer par le couloir du Goûter dans lequel il sait que j’ai vécu l’an passé une expérience traumatisante.

Lors d’un autre reportage, en s’écartant légèrement du chemin, un alpiniste danois a dévissé juste devant moi dans cette caillasse pourrie. Une chute mortelle de 50m. J’ai été traumatisé par cette mort en direct. Le souvenir de ce corps désarticulé qui bascule dans le vide me hante toujours. L’homme était fatigué par l’ascension et redescendait au moment de glisser. L’accident s’était déroulé au ralenti sous nos yeux sans que l’on puisse tenter quelque chose. Ce qui me frappe le plus avec le recul, c’est l’absence de son au moment de la glissade. Le gars n’a rien dit, pas un cri, rien. En revanche, le guide m’accompagnant avait fondu en larme en criant : « ce n’est pas possible, non, ce n’est pas possible, arrêtez vous, arrêtez …». Tout cela me revient en mémoire. C’est douloureux. Vraiment, l’endroit ne me plait pas du tout. Il sent la faucheuse à plein nez.

Bon, il faut maintenant redescendre le Mont Blanc. Nico nous prévient : « Quand on atteint un sommet, nous ne sommes qu’à la moitié du chemin et ce qui nous reste est parfois plus compliqué avec la fatigue. Le sommet est atteint mais la course se finit au bistrot dans la vallée. Restez bien concentré pour la descente » Dans mes souvenirs, le début est très facile. Comme je suis premier de cordée dans le sens de la descente, je m’élance d’un bon pas quand tout à coup, je fais un refus, comme un cheval devant un obstacle trop grand. « Euh, non, là, je ne le sens pas tout. Je ne veux pas passer par là, c’est trop dangereux ». Droit sous mes pieds, l’arête des bosses. D’un côté, à gauche, l’Italie et 2000m de gaz, de l’autre les pentes raides vers les séracs des grands Mulets.

Subitement, avec la fatigue accumulée, le mal de tête et un début de vertige, je ne me vois pas, mais alors pas du tout, avancer debout sur cette corniche étroite qui serpente au dessus du vide sur plusieurs dizaines de mètres. Nico me rassure : « Allez Denis, ne t’inquiètes pas, c’est moins dur qu’à l’Aiguille et ça se calme vite. Vas-y tranquille et assure chaque pas. Vous êtes bien assurés. » Comme Ludo, derrière, a l’air placide, je me lance, en marchant comme un petit vieux sur l’arête. Certes, ça passe mais ce n’est pas mon truc. Mais effectivement, c’est pas long…

Très rapidement, nous dépassons le refuge Vallot (4382m, l’œuvre de Joseph Vallot, un savant héraultais du XIXème siècle), puis le Dôme du Gouter pour arriver vers le refuge éponyme. Nous sommes fourbus et nous n’avons plus rien à boire. Nico veut aller nous acheter des cocas : «Ouais, ben, on va attendre d’aller au refuge de Tête Rousse plus bas car ici, c’est du vol, le coca est à 5 euros et de toute façon les gardiens ne sont pas là!»

La descente des 700m de dénivelé dans l’aiguille du Goûter est fastidieuse. Il y a beaucoup trop candidats au Mont Blanc par cette voie. Comme demain, la météo annonce encore un temps magnifique, l’endroit est sur fréquenté. Et chouette, c’est le plus dangereux du massif avec le plus fort taux de mortalité ! « Autant de débutants concentrés sur un si petit espace, ça laisse réveur… commente Nico ». Nico nous assure toute la descente au milieu des bouchons. Ludo m’inquiète. Il semble exténué. Son visage est tout blanc, perlé de sueur et surtout, son pied est de moins en moins sûr. Il met beaucoup de temps pour passer d’un rocher à l’autre et souvent cela me tire en arrière vu que nous marchons encordés. Bon, ça finit par passer et le couloir final, tant redouté pour les chutes de pierre ne pose aucun problème. Les cailloux sont encore bien fixés grâce à la neige qui tapisse la pente. Petite pause restauratrice à Tête Rousse, ça fait du bien…

Après encore 1h de descente par un chemin de mule, nous arrivons enfin au Nid d’Aigle (2372m) pour prendre le petit train qui va nous ramener dans la vallée. Il est 16h00. Je suis fatigué mais je n’ai plus mal à la tête. Tout s’est bien passé, comme dans un rêve. Je m’endors dans le train….

Trois heures plus tard, nous buvons une bonne mousse au bar des Sports, rue Joseph Vallot à Chamonix. L’occasion d’évoquer les bons moments passés ensembles et de débriefer sur cette semaine. Tout a été crescendo : le retour du beau temps, les difficultés techniques, la montée en pression… Parfait ! Il est temps de payer notre metteur en scène qui s’en retourne vers ses calmes Ecrins. Je dis à Ludo : « Tu vois mon pote, ça, c’est de l’argent bien dépensé. »

 

Merci à Nico pour sa compétence et sa joie de vivre.

Merci à Ludo pour être le meilleur compagnon de cordée au monde (à part dans l’aiguille du Goûter !)

Merci à mes parents et à mes frangins pour leur soutien et leur humour.

Merci aux deux gamins Clerc et à ma femme Sandrine de m’avoir laissé vivre cette belle semaine en montagne.

! En attendant le récit complet par Ludo et Denis, voici déjà quelques photos de l’ascension…

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