Cascade de glace en Oisans

Cascade de glace en Oisans

A peine rentré des confins de l’Ubaye je repars vers l’Oisans pour deux jours de cascade de glace. Une première journée avec Quentin dans la colère du ciel. Bon aujourd’hui on s’est trompé d’accessoires ! C’est pas des piolets qu’il fallait mais un essui-glace ! Un peu de ménage à faire dans la colère du Ciel donc après la récente chute de neige et des conditions un peu hostile… c’ets l’hiver !

Le dimanche je suis avec Guillaume qui fait une virée express depuis la capitale pour tapoter le glaçon. On part découvrir ensemble le spot de l’alpe d’Huez, pas très sauvage mais bien fourni ! C’est dimanche, il y a du monde. Sans objectif particulier, nous grimpons sur la première cascade qui nous attire et sans trop de monde. Ca tombe bien en plus c’est la plus proche. Nous apprendrons qu’elle s’appelle Chacal bondissant ! Spécialité du secteur : le soleil qui vient vous remonter la température en milieu d’aprem. On crache pas dessus ! 

Raid à ski Ubaye – Val Maira – Val Varaita

Raid à ski Ubaye – Val Maira – Val Varaita

Sans transition je quitte Sylvain et le groupe freerando pour une escapade plus sauvage avec Antoine, Vincent, Ugo et Quentin pour 7 jours de ski de rando la plupart du temps en itinérance.

Je connais déjà Antoine qui était venu seul l’an dernier pour 4 jours de folie dans les Cerces. Cette année il a recruté quelques potes pour vivre une plus longue aventure.

Comme à mon habitude, j’aime attendre les derniers instants pour choisir la destination et coller au plus juste aux conditions de la montagne. A 48h du départ, la météo est sans appel, tempête de ciel bleu prévu pour une semaine. Une invitation au voyage qui ne se refuse pas ! Je propose à la bande d’aller se percher aux confins de l’Ubaye et du Piémont, en jouant à saute mouton sur la frontière franco-italienne.

Comme je ne connais pas tout le groupe et que l’expérience du ski de rando des uns et des autres est variée, j’ai fait le choix d’une formule semi-itinérante c’est-à-dire qu’il y a des journées « obligatoires » où nous faisons la jonction entre deux refuges et des journées facultatives où nous restons au même refuge, en gros une sur deux…

 

Jour 1 : mise en route à Miéjour – nuit à Fouillouse

C’est au fin fond d’une des plus paumée vallée française que nous nous retrouvons pour démarrer ce trip de 7 jours. Depuis Saint-Paul, nous partons juste au dessus pour une rando « à la journée ».

Bon 3 fois rien, juste 1000m pour s’échauffer ! Et a peu près autant de conversion pour franchir une zone tricky dans les bois… Nos efforts seront généreusement récompensés par un sandwich avalé au sommet et 500m d’une poudre à faire pâlir de jalousie Pablo Escobar !! Nous rejoignons ensuite Fouillouse où nous passons la nuit chez l’ami guide Odilon qui tient le gîte des Granges. Une dernière soirée sans pâtes avant de basculer en italie.

 

Jour 2 : traversée Fouillouse – Campo Base par le col de la Stroppia et l’Infernetto. Nuit à Campo Base

 

Rien que les noms déjà ça te cale une atmosphère !

Aujourd’hui est une journée « obligatoire », pas question de caler en route, nous allons dormir en Italie ! Départ un peu tardif du gîte en direction de la Stroppia. La montée est paisible jusque sous le col… les 200 derniers mètres nous offrent un petit assortiment de conversion où chacun prendra la liberté de développer son style ! Nous voilà en Italie. Le casse dalle s’impose car la journée n’est pas finie. Nous redescendons quelques centaines de mètres dans un vaste vallon avant de remonter sur le col de l’Infernetto, seul passage raisonnable vers le refuge de Campo base. Une remontée qui laissera quelques traces !

Sans pitié pour mes compagnons, je les cueille dès leur arrivée au col pour se lancer dans un court passage raide. Le jour commence à décliner, pas question de chômer. Aujourd’hui, pas de justice. La descente sera notre pénitence… dans une neige mariant avec subtilité la croûte et le champ de zastrugis (reliefs de neige faits par le vent)… le tout dans une semi-pénombre. Infect ! La nuit nous cueille à l’arrivée au refuge. Pile poil !

Il en faut plus pour entamer le moral de l’équipe qui retrouve vite ses repères au refuge autour des légendaires pastas italiennes, de quelques remontants et de jeux de carte ! Nous voilà à Campo Base pour deux soirs.

Jour 3 : montée à l’Eighier – nuit à Campo Base

Journée de « repos » aujourd’hui. Certains optent pour un repos actif, ski aux pieds, d’autres se laissent aller à plus de douceur… de toute façon on redort à Campo base ce soir, no pression.

Pour l’équipe skieur, l’objectif du jour est un sommet pile au dessus du refuge avec peu de distance et un dénivelé efficace. L’idée c’est de viser la neige transformée dans les pentes sud un peu raide. Aucune envie de renouveler la douloureuse expérience de ski de la veille !

La montagne et les refuges semblent étrangement désertée en ce mois de janvier et c’est pas pour nous déplaire. Heureusement que les bouquetins sont là pour nous faire un peu d’animation !

Nous montons sous l’impressionnante falaise de la Croix Provençale, haut lieu de l’escalade en Val Maïra. Les couches de vêtements tombent les unes après les autres. Un vrai mois de janvril qui nous laisse espérer une neige de qualité printanière.

Après avoir foulé le sommet de l’Eighier, on redescend 100m plus bas pour honorer l’herbe d’une sieste. Non pas qu’on soit faignant mais il faut attendre que la neige se réchauffe bien. C’est ride mais c’est comme ça !

Tout le monde s’abandonne à cette épreuve sans sourciller.

Notre attente sera récompensée par une très belle descente en moquette… qui nous motivera même pour remonter !

Chacun se réconcilie avec le skieur qui vit en lui et qu’il croyait mort la veille dans un champ de croûte !

Ce soir somme tous les soirs à venir nous sommes seuls au refuge. Le gardien nous concocte un repas aux petits oignons… et on prolonge la soirée au rhum et aux cartes. La vie est belle !

 

Jour 4 : traversée vers le Val Varaita par le Col de Bellino – Nuit au refuge de Mélézé

 

Journée « obligatoire » aujourd’hui ! Un bon 1300m de dénivelé et de la distance, il va falloir être brave ! Les tracas épidermiques liés aux frottements répétés dans les chaussures commencent à peser lourd dans la balance pour certains. Heureusement l’ambiance est au beau fixe dans la montagne comme dans le groupe, ça aide à supporter !

Au col de Bellino, un petit vent glacial nous motive à différer la pause pique nique. Nous entamons la descente sur le Val Varaita d’abord dans de vastes champs de neige froide tantôt lisse, tantôt poudreux. Après quelques centaines de mètres, nous rentrons dans le lit de la rivière et nous skions son fond. Descente magique dans cet improbable half pipe naturel… un peu plus bas, le half pipe s’escarpe un peu plus et devient un canyon. Je pars en reconnaissance avant d’inviter la bande à me suivre. Le passage clé dit du vagin glacé du jour nous vaudra une belle montée de catécholamine ! Celui que nous dénommerons V. pour respecter son anonymat manque de peu de chuter dans le passage exposé, toute chute ayant eu pour conséquence de se faire aspirer dans un trou d’eau gelée sous une cascade avec peu d’espoir d’en sortir vivant… heureusement le bougre retrouve son équilibre après quelques oscillations et moi ma respiration !

Poursuite sans encombre dans le canyon jusqu’aux alpages au dessus de Mélézé. Dans cette profonde vallée, on profite des derniers rayons de solaire pour s’envoyer paninis, saussiflard et tutti quanti !

Une courte remontée pas prévue pour trouver le pont mettra en avant le caractère profondément animal de certains membres du groupe, prêt à mordre dans l’adversité !

Glissade tranquilou jusqu’au refuge où on peut s’abandonner une fois de plus à nos habituelles activités d’après-ski.

Jour 5 : Monte la Vigna – Nuit au refuge de Mélezé

 L’option « 0 » calorie dépensée fait de plus en plus d’adeptes pour les journées facultatives.

Comme avant hier, on vise la moquette dans les raides versant sur qui surplombent le refuge. Encore une journée sans croiser âme humaine qui vive mais foison de chamois. Notre sommet du jour (Monte la Vigna) s’atteint par un court passage en arête, skis sur le sac.

On ski un couloir un peu raide en versant SE, parfaitement revenu ! Un régal.

Après une descente comme celle là, c’est dur d’en rester là. On remonte vers le col de la Reisassetto pour éventuellement basculer de l’autre côté.

Mais avant toute chose, une sieste s’impose et une petite bande d’herbe sous le col nous invite à se prélasser…

C’est fout comme une sieste peut nous apporter des réponses ! Je me réveille avec une idée de descente tout autre. Nous restons sur le versant sud mais basculons dans une vallée cachée où les pentes sud ouest devrait nous offrir du bon ski à cette heure avancée du jour.

Bingo, grande braderie sur la moquette !

Ski excellent jusqu’en bas en contournant (ou pas!) quelques rochers. Bière, pastas, Rhum et tout le tralala pour célébrer cette dernière journée en italienne

 

Jour 6 : Tête de Malacoste – Nuit au refuge de Maljasset

 

La plus obligatoire des journées obligatoires ! On est à quelques kilomètres à vol d’oiseau de notre point d’arrivée mais s’il nous fallait passer par la route, c’est au moins 300km de voiture qu’il nous faudrait faire !

Certains pieds sont en piteux état mais il feront encore bien l’affaire pour une journée !

La fatigue de la semaine se fait globalement sentir mais est compensée par l’habitude prise au rythme méditatif de la montée… encore une fois on évolue dans des vallons magnifiques où l’on ne croise que des cabanes d’alpages et des bouquetins.

On regagne le pays natal en même temps que le Col de Malacoste à 3100m. Les moins fatigués et ampoulés montent 100m plus haut jusqu’à la Tête de Malacoste. La récompense est sublime aujourd’hui. Le paysage s’ouvre de toute part et si le monde avait un bout, nous nous y sentirions !

Aujourd’hui l’orientation de la descente ne laisse pas espérer de neige printanière… il nous faut donc jouer la carte poudreuse.

Le vallon d’abord large plonge d’un coup vers le nord dans un couloir d’une centaine de mètre. La neige est au rendez-vous, c’est parti pour une petite razzia de poudre agréablement tassée et sans traces, même après plus de 3 semaines sans neige !! Autant dire que ça skie pas tous les jours dans ce coin !

Moment d’ivresse pour nous dans la montagne. Toutes ces journées passées avec pour seule préoccupation avancer, glisser, manger et rigoler nous rendent parfaitement habiles à jouir profondément de l’instant présent. On se délecte de chaque virage !

Les bonnes choses ont une fin et les bonnes vallées un fond… et même si ce fond est un peu plat, on est comblé par cette journée de grâce !

On retrouve Maljasset, un petit hameau niché aux confins de la Haute-Ubaye. Un petit bout de nulle part pourtant on a l’impression de retrouver la civilisation !

Nous passons une soirée de plus seuls en refuge… et pour les activités du soir, on reste fidèles à nos habitudes !

Jour 7 : Couloir de l’Eyssilloun

 

Last but not least.

On avait laissé à Maljasset une voiture pour pouvoir rejoindre Fouillouse. L’idée s’est avérée excellente !

Pour finir ce séjour on part tenter notre chance dans un joli couloir au dessus de Fouillouse. Si sur le papier la journée est un cran en dessous des autres par le dénivelé, la montée jusqu’à l’entrée du couloir est bien raide et attaque comme il faut les dernières réserves du groupe ! Les conditions nivologiques nous permettent de « jouer » sans trop de scrupules dans des pentes un peu raides. Faut bien qu’il y ait un avantage à pas avoir de neige fraîche !

Finish en beauté dans le couloir en bonne neige froide… en dessous c’est moins bon alors on se décale sur les contrepentes pour retrouver de la popow de premier choix. Même chose dans la forêt en dessous sur quelques centaines de mètres. Top ! Le bas s’alourdit nettement mais ça tombe bien on est plus très loin du fond de la vallée… et les cuisses lâchent leurs dernières réserves dans la bataille !

 

Fin de ce magnifique trip !

Bravo à tous pour cette première expérience d’itinérance à ski… le pari était osé mais vous l’avez relevé avec le même brio que certaines annonces au tarot ! Et dans la bonne humeur en plus… Ce fut un grand plaisir pour moi de vous guider durant cette semaine, on remet ça quand vous voulez !

Semaine Freerando

Semaine Freerando

C’est en doublette cette semaine que nous guidons un groupe de passionnés de ski de randonnée et de poudreuse dans le fabuleux et peu connu massif de l’Embrunais !

Je seconde l’ami guide Sylvain Pascalou dans la rude tache quotidienne qui consiste à trouver à peu de substance poudreuse à se glisser sous la semelle.

L’idée de la semaine pour le groupe est de se remettre en selle avant leur saison de randonnée. L’objectif clairement avoué est d’optimiser le ratio montée / descente en usant, à défaut de produits dopants efficaces, de moyens mécanisés.

Après 15 jours d’anticyclone, les adeptes des powder alert ont délaissé toutes les stations… les commerçants entament leur litanie habituelle et font des incantations à la neige. Les sentences péremptoires des loueurs de ski (« vous ne trouverez plus de poudreuse ») sèment le doute dans les esprits incrédules…

Avec Sylvain on sait bien que ces périodes de beau temps sans neige sont souvent bénites pour l’amateur de poudreuse et qu’avec un peu d’imagination (ou pas!) on trouve toujours de quoi faire de belles signatures éphémères dans la montagne. On est pas à Chamonix ici dedieu !

 

Le camp de base pour la semaine est à Risoul. Nous faisons les 3 premières journées sur la station. Nous avons l’étrange impression d’être les seuls skieurs sur le domaine. Pendant ces 3 journées nous ne verrons pas âme qui vive en dehors des pistes. D’un jour sur l’autre on peut repérer tranquillement nos futures descentes sans crainte de se la faire chiper par d’autres spatules… Rapidement on voit que la qualité de la neige est toujours au rendez-vous et dès les premières descentes des effusions de joie s’échappe du groupe. Les journées à Risoul passeront bien vite au rythme des sessions peignage de poudre, montée-descente, pique nique, sieste, rigolade, recup’ au chalet… et un finish grandiose face au soleil couchant avec vue sur le lac de Serre-Ponçon.

Pour les deux dernières journées, même s’il y aurait bien de quoi faire encore sur Risoul, sans recroiser une seule de nos traces, nous élargissons notre horizon vers d’autres stations.

D’abord les Orres ou le grand vallon nous offrira deux magnifiques descentes et un pique nique au bord de l’eau… puis Crévoux d’où on ne revient jamais déçus ! Inoubliables instants dans les bosquetous du Pi’ Haut et sur l’arête de la Ratelle où la nature nous a offert un ballet de lumière et de nuages féerique… avant une dernière descente top quality !

Merci à tout le groupe pour la confiance totale qui nous a été accordée, pour la bonne humeur inébranlable et les moments de rigolade!

Et merci à la montagne de nous avoir planté un décor parfait !

 

Escalade Jordanie – Wadi Rum

Escalade Jordanie – Wadi Rum

Après notre session escalade en Corse l’an dernier avec Frank, nous nous laissons à nouveau guider cette année par des envies de caillou chaud! Et pas n’importe où : peut-être un des uniques lieux au monde où l’on peut concilier l’expérience du désert à celle de la grimpe et de l’alpinisme. Wadi-Rum!

C’est mon 5ème voyage dans ces terres bédouines et à chaque fois l’excitation est la même de retrouver le frisson du désert, d’aller errer dans ces dédales de Siq et de Jebel et de se laisser accueillir par nos bienveillants et malicieux amis bédouins!

Nos chemins se croisent avec Frank à l’aéroport d’Istanbul. C’est toujours curieux de se retrouver en de tels lieux intemporels nous qui sommes plutôt coutumier des bivouacs spartiates et des nuits dans les vallées paumées de l’Oisans, du Vercors ou de la Corse! Mais il faut bien en passer par là, l’alternative pédestre n’étant pas compatible avec nos agendas!!

Le séjour en Jordanie démarre par la partie la plus engagée : le trajet en taxi by night. A l’aller comme au retour, on n’arrive même plus à compter le nombre de points perdu par Mohammed notre chauffeur s’il conduisait en France : un permis tous les 20km en moyenne et encore on a pas tout vu! Arrivée au milieu de la nuit chez Atayek au village de Rum, on se glisse dans nos duvets pour grappiller quelques miettes de sommeil avant notre première journée de grimpe.

Jour 1 : East Face aux Vulcanics Towers

Le voyage de la veille laisse quelques marques! La courte nuit bercée par les coqs insomniaques et l’appel à la prière laisse place à une radieuse journée. Il fait 25°C à l’ombre, ça devrait bien se passer! On lézarde tranquillement en attendant que la face est passe à l’ombre. Pour nous aujourd’hui ça sera les Vulcanics towers, un secteur où je n’ai jamais grimpé, bien plus calme que la célèbre face est du Jebel Rum. Nous choisissons la voie la plus facile du secteur, une belle ligne typée montagne qui remonte une succession de cheminées et de fissures, jamais très dures mais parfois expo pour le leader, comme souvent dans l’escalade à wadi Rum. Malgré les séquelles du voyage, la dynamique se remet en route et nous prenons du plaisir à grimper à nouveau ensemble avec Frank! La journée se termine par une initiation tranquille aux Bédouineries qui font le charme de wadi Rum. Retour by night chez Atayek pour un bon festin en bon compagnie franco-espagnole.

Jour 2 : The Edge of Zernouk El Daber, massif du Um Ejil

Aujourd’hui je propose à Frank d’aller explorer le versant nord du Um Ejil (le sommet où se trouve l’ultraworld-classique : the Beauty). D’abord on contourne tout le massif par le canyon de Rakabat, l’occasion de rencontrer de vieilles connaissances avec qui j’ai déjà déambulé dans les Jebels! Pour rejoindre le canyon de Zernouk, nous passons par le désert où les camps poussent comme des champignons dans un pré à vache Ardéchois… Wadi-Rum vit un regain touristique certain depuis 2 ans mais on ne peut s’empêcher de se demander ce que deviendront ces constructions au prochain ralentissement. La logique d’aménagement touristique à tout va et des nuisances qui vont avec laisse un peu rêveur… un peu à l’image de nos stations de ski qui une fois passées la saison faste se transforment en villages fantômes. Et en même temps nous sommes conscients qu’ici nous sommes le touriste, et que d’une certaine façon, le nuisible, c’est nous! C’est toute l’ambivalence du voyageur en quête d’une nature vierge : vouloir jouir de lieux intacts mais dénaturant le lieu par notre unique présence…

Malgré la proximité à vol d’oiseau du village, du fond du canyon de Zernouk El Daber on se sent déjà assez loin de tout. Comme hier l’itinéraire que nous parcourons est une voie typée montagne où les longueurs les plus exigeantes ne sont pas forcément les plus dures sur le papier!! Finalement un V+ dans une bonne fissure verticale ça randonne bien plus qu’un IV+ local dans un champ de taffonis sans point au dessus d’une vire!

Un peu d’émotion au départ de la voie où nous essuyons deux volées de pierres envoyée par la cordée qui nous précède… heureusement le gré à la base c’est du sable, et ça reprend facilement son état initial!!

Du sommet de la voie, et après une sieste syndicale gracieusement accordée par mon compagnon de cordée, nous gravissons quelques dômes pour rejoindre le sommet du Um Ejil où nous sommes récompensés par une vue de toute beauté.

Notre voie de descente du jour emprunte les rappels de the Beauty… ça bouchonne. Nous patientons tranquillement dans les lueurs du couchant. Retour au village à la nuit, ça va devenir une habitude!

Jour 3 : Al Thalamiyah, Jebel Rum – Descente par la voie Hamad

Venir dans le Wadi – Rum sans faire une voie bédouine est à mon avis un grand sacrilège! On pourrait même ne faire que ça et ça serait très bien! Mais c’est quoi ces voies bédouines? Pour toutes sortes de raisons, depuis probablement des milliers d’années, les plus aventureux habitants de ces lieux ont exploré les massifs, se frayant dans ces dédales de canyons et de dômes des chemins astucieux plus ou moins osés vus le peu de moyens à leur disposition, rarement débonnaires. des itinéraires qui aujourd’hui de par leur engagement et leur exposition sont plus à classer dans la case alpinisme que trekking ou escalade! Le pied et le flair montagnard sont de mise pour ne pas goûter aux joies du bivouac improvisé dans les Jebels!

J’ai déjà eu la chance de parcourir quelques une des voies bédouines du Jebel Rum (Voie Hamad, Rijm Assaf, traversée Sud Nord, Oeil d’Allah) et je propose à Frank d’aller explorer une que je ne connais pas et qui n’est pas réputée la plus facile : Al Thalamiyah. Elle remonte un profond Siq (=canyon) à droite de la Black Tower. D’entrée de jeu ça grimpe. Les chaussons ne sont pas obligatoires mais quelques pas de 5 ponctuent l’itinéraire. Contrairement à ce que certains topos peuvent laisser penser, la corde ne me semble pas vraiment optionnelle pour le commun des mortels!! Et 2 ou 3 camalots feronts la joie du mental du leader!

Une fois sortis du Siq, la difficulté pure se calme, l’exposition des passages prend le relais mais heureusement pas tout le temps!! L’émerveillement n’est jamais très loin quand du sommet d’un dôme on découvre de l’autre côté la même chose à perte de vue, quand on voit le beauté des formes incroyables que prend le gré sous les assauts du vent et du soleil, quand soudain sous nos pieds s’ouvre un profond canyon qu’on ne soupçonnait pas…

Après quelques heures de ce régime, nous rejoignons la Hamad’s route. Comme nous avons le temps, nous tirons jusqu’au sommet du Jebel rum où nous jouissons des lieux dans une totale solitude et un silence interrompu de temps à autre par le croisement métallique des corbeaux du coin. Plénitude.

Négliger la descente ici serait une très vilaine erreur et nous reprenons le chemin de la vallée en se gardant un peu de marge. La Hamad’s route est relativement parcourue et pas très difficile à suivre en étant attentifs. Pour nous la descente déroule pas mal jusqu’au dernier rappel qui décide de se coincer… l’occasion de mettre les chaussons restés au fond du sac toute la journée!

Retour de nuit comme il se doit. On mange chez Atayek avant d’aller se faire déposer au beau milieu de nulle part à Barrah canyon

Jour 4 : Barrah Canyon – Storm et rumeurs de la pluie

Dormir en plein désert fait basculer notre voyage dans une autre dimension. Loin de l’agitation du village et des autres grimpeurs, on peut enfin s’aligner sur la fréquence du lieu, prendre conscience de la beauté indicible qui nous entoure, goûter la caresse du sable sur la plante des pieds, respirer le silence… et faire chauffer le thé avec une poignée de brindilles!

Changement radical dans le style de grimpe, on passe en mode fissure. Storm sera notre « échauffement » du jour avec 3 belles longueurs verticales suivies d’une traversée horizontale en IV+. Connaissant la descente et pour éviter les déboires d’il y a deux ans on évite cette fois le dernier rappel en bifurquant à droite juste avant. Un peu de désescalade et un rappel ramène au désert.

Comme il nous reste du temps on va finir la journée dans Rumeurs de la pluie, un dièdre parfait que nous gravissons en 2 magnifiques longueurs.

On rejoint ensuite tranquillement notre bivouac après avoir taper la causette aux grimpeurs qui bivouaquent au pied de Merlin’s wand. Les journées passent vite dans ce désert!

Jour 5 : Barrah Canyon – Merlin’s wand et Hidden Crack

Après une nuit qui aurait été parfaitement paisible sans les quelques gouttes de pluie, on se dirige vers nos ascensions du jour. Merlin’s wand nous fait de l’oeil. L’esthétique et l’évidence parfaite de cette ligne en font une incontournable de Barrah canyon. Comme dans les quelques world classique du coin il peut y avoir un peu de monde dans ces voies. Mais aujourd’hui, nous la partageons juste avec une seule cordée, sans se gêner!

Là encore on peut s’attendre du bas à sortir toutes les bidouilles du grimpeur de fissure mais que nenni! La fissure n’est presque là que pour poser les camalots, l’essentiel de l’escalade se déroulant grâce aux prises sur les côtés. Trois surplombs viennent corser un peu l’affaire quand même!

Pas tout à fait rassasier après cette grimpette de toute beauté, on part explorer une fissure voisine, la Hidden crack, invisible du bas comme son nom l’indique. Cotations modestes sur le papier mais finalement une escalade assez exigeante et soutenue, avec un peu plus de technique fissure et quelques courts passages où le rocher est moins nettoyé que dans Merlin.

Évidement, Merlin happe la majorité des grimpeurs du coin et la publicité de cette voie n’est plus à faire… mais les voisines méritent plus que largement le détour!

Du sommet on redescend en mode bédouin – rappel avant de rejoindre les rappels de Merlin’s. Nous retrouvons au bivouac le père d’Atayek qui nous attends sourire aux lèvres depuis quelques heures en ramassant du bois. Ce soir on dort au pied du Khazali dans le camp d’Ali et Atayek.

Un bon festin partagé avec d’autres grimpeurs et on file au dodo. La nuit tombe tôt en ce moment, on fait pas vieux os!

Jour 6 : Mazyed

No speed ce matin, on se réveille tranquillement dans un camp presque désert. Notre varappe du jour est juste sous nos yeux. Mazyed se faufile sur la partie droite du Khazali à 10 minutes de marche du camp.

Changement radical de style, l’escalade se déroule principalement dans des champs de taffonis rouge ponctués de passages plus dalleux. L’itinéraire est à deviner, les variantes possibles nombreuses! En gérant un peu le tirage, je tire devant des longueurs assez… longues!

Le topo indique une mystérieuse « dernière longueur expo avec sûrement la possibilité de protéger le relais dans un trou avec un camalot 4 ». Ca tombe bien un collègue m’a prêté le camalot 4 que j’avais oublié au village. Avec ça nous ne craignons rien!

Petite déception au moment de glisser ce bel outil dans le dit trou : les bords s’effrite et la résistance de l’affaire est juste suffisante pour soutenir la dégaine!! En avant donc pour une bonne section expo de 6-7m avant de mettre un premier camalot dans une fissure douteuse… et finalement quelque chose de bien mieux 2 mètres au dessus. Le passage ne laisse pas complètement indifférent, plutôt efficace pour concentrer l’attention des cerveaux dissipés dans mon genre!

Jour 7 : Atayek au Khazali

Comme on est bien au camp, on explore les possibilités depuis ce lieu. Aujourd’hui on file sur le flanc ouest à 20 minutes de marche pour aller découvrir une voie dont les échos sont bons.

Du bas, la voie nous apparaît comme un immense champ de taffonis rouge, suivant au début une vague ligne de faiblesse. Dès les premiers mètres m’escalade est magnifique et se protège plutôt bien, même s’il n’est pas rare d’avancer 6-7 mètres entre les protections. La voie a été un peu parcourue les jours précédents. Je suis les discrètes tâches de magnésie qui me montre la voie. La encore j’essaye en gérant le tirage de tirer le maximum de longueur de corde entre chaque relais. Faut dire que la beauté de l’escalade ne donne pas trop envie de s’arrêter!

La descente en rappel dans la voie du Couchant ne détend pas complètement et on est heureux à chaque fois de voir arriver la corde!

Jour 8 : Voie d’Ali au Khazali

Déjà notre dernier jour… gasp. Le retour en milieu d’après midi vers Amman et les doigts un peu broutés nous invitent à choisir un projet modeste pour ce dernier jour. Cette voie bédouine offre un trajet assez direct vers le sommet nord du Khazali. Comme d’habitude, la recherche d’itinéraire et les passages expos sont là!

A l’instant où Frank se faisait la réflexion du peu de faune dans les Jebels, comme par un étrange écho deux Ibex détalent devant nous. On les observe cavaler aisément sur ce terrain où nous nous sentons parfois si maladroit. La leçon!

Une dernière fois au sommet on profiute des paysages exceptionnels qui nous entourent…

Rentrés de bonne heure au camp, on va rendre visite à Tareq avec qui nous avions sympathisé la veille. Cet homme avait un rêve fou : jouer du piano à queue dans le désert de Rum, cher à son coeur! Et son rêve il le réalise et le partage généreusement avec nous. Nous avons même le droit à une petite improvisation d’Atayek qui se surnomme modestement le Débussy du désert! Beau moment de grâce qui finit de la plus belle façon ce séjour… on y retourne quand?

4000m du Mont-Rose

4000m du Mont-Rose

Après l’ascension du Mont-Blanc en 4 jours l’an dernier, Chloé et Cyrille sont de retour cette année avec Clarisse et Quentin. Cette année nous partons sur les flancs du Mont-Rose pour y gravir quelques sommets. Ca sera l’occasion aussi pour Quentin et Cyril de faire leurs premiers pas en autonomie en course de neige, le terrain s’y prête à merveille!

Jour 1 : de Staffal au refuge Quintino Sella

Nous démarrons à Staffal par une rude montée en téléphérique et télésiège jusqu’au col de Bettaforca. De la commence une longue marche d’approche jusqu’au refuge Quintino Sella à 3600m…de quoi s’occuper un bout de l’aprem! J’ai juste le temps de faire la sieste avant l’apéro des guides, une institution locale pas prise à la légère!

Jour 2 : ascension de Castore et exercices de sauvetage en crevasses

Démarrage tranquille ce matin. Pas de stress, nous redormons là!! Notre objectif du jour est Castor, un sommet qui pointe à 4200m d’altitude et qui s’atteint par une belle arête neigeuse. De quoi s’acclimater comme il faut! Les conditions sont ultra clémentes et nous flânons une bonne demi-heure là haut. Avant de redescendre au refuge, nous prenons du temps pour mettre au point la stratégie de sauvetage en crevasses que nous espérons ne jamais devoir mettre en œuvre… Au refuge, nous frôlons l’incident diplomatique quand nous osons demander du rab de pâtes à nos amis italiens…

Jour 2 : de Quintino Sella à Gnifetti par le Naso du Lyskamm

Après deux nuits à Quintino Sella, il est temps pour nous de larguer les amarres. Nous partons en direction du Naso du Lyskamm, notre passage obligé pour basculer vers le refuge Gnifetti. Le passage clé du jour est une course section rocheuse suivi d’une pente où la glace affleure presque. Du terrain varié où tout le monde apprend et où l’altitude pimente l’exercice! Un vent bien frisquet nous accompagne jusqu’au sommet à 4200m. Juste derrière le sommet, on est à l’abri du vent et le soleil nous inonde de chaleur!

Je n’ai pas pu m’empêcher de lorgner en montant sur cette arête de rocher qui remonte en direction du Lyskamm oriental. Faut dire que le rocher, c’est plutôt rare dans le coin! Je propose à Quentin et Cyril un aller retour sur cette arête, faut bien les occuper les bonshommes! Évidemment ce n’est pas le caillou du Verdon mais c’est l’occasion pour les gars de découvrir l’assurage en mouvement dans du terrain relativement facile… Nous sortons non loin du sommet oriental du Lyskamm sur cette impressionnante arête à plus de 4500m. Le temps de faire tomber un gant du mauvais côté et nous désescaladons ce que nous venons de monter en bon conquérant de l’inutile.

Nous retrouvons les filles au sommet qui nous ont patiemment attendu pendant plus de 2h! Ne reste « plus qu’à » se laisser descendre, ou presque jusqu’au refuge Gnifetti où nous appréhendons sérieusement l’étape du repas… heureusement les assiettes sont plus généreuses que la veille et nous pouvons partir sereinement à la sieste!

Jour 4 : de Gnifetti à la cabane Marghuerita

Ultime journée de notre voyage au pays des 4000m. Nous montons en direction des plus hauts sommets du Mont-Rose. La météo au réveil n’est pas des plus engageantes : il bruine. Le temps de nous équiper et la bruine s’arrête. Le passage clé en ce dimanche, c’est de sortir du refuge avec toutes ses affaires!

Pendant toute la montée, les nuages sont nombreux et le froid plutôt mordant. Arrivé au pied de la Zumstein, nous bifurquons vers la pointe Gnifetti où trône la cabane Margherita, bien plus excités par l’idée d’un thé bien chaud dans la chaleureuse cabane que par un sommet plein zef.

Nous nous réfugions pendant 3/4 d’heures dans la plus haute cabane d’Europe. Pendant ce temps, les nuages se déchirent et nous profitons d’un panorama de rêve. A la descente, je propose aux garçons toujours motivé de faire un petit crochet par la Pointe Parrot pendant que les filles commencent leur descente… nous profitons seuls de ce magnifique bout d’arête, face au Lyskamm avnt d’entamer une descente rapide vers le refuge Mantova où nous retrouvons Chloé et Clarisse. Fin de ce beau périple avec une météo quasi parfaite et des compagnons au top!

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